Archives pour novembre, 2011

Le Teraï occidental – galerie photos

Cliquez sur la photo pour faire apparaître et défiler la galerie complète :


16-Dashain Festival

Ils suivent notre périple : Deux jeunes cyclistes arlacais sur la route de la soie (Can’Arlacais n°63)

Partenaire média et local d’Artiz’en vélo, le Can’Arlacais présente pour sa collection automne 2011 l’article suivant :

« Deux jeunes cyclistes arlacais sur la route de la soie »

(cliquer sur le lien pour lire l’article)

Dernière ligne droite dans les méandres de la vallée du Spiti

La vallée du Spiti et sortie d’Inde : 6 septembre au 3 octobre 2011


Nous y voilà, nous sommes au pied de l’Himalaya! Pour l’instant de simples petites montagnes s’offrent à nos roues. Mais les montées sont bien là, nous faisant transpirer à grosses gouttes, peu habitués que nous sommes après deux mois sur les routes plates de l’Inde.22. montagnes debut de l'Himchal Pradesh
La mousson a laissé son empreinte sur les routes qui sont obstruées par de nombreux glissements de terrain, bitume arraché, blocs de pierre détachés, boue glissante. Chaque soir, après une longue journée de montée, nous apercevons la prochaine chaîne de montagne plus haute que celle que nous venons de grimper et qui nous attend pour le lendemain. Nous nous élevons un peu plus chaque jours pour rentrer véritablement dans cette immense chaîne Himalayenne. 

Chaque palier d’altitude amène sa propre végétation : nous évoluons maintenant au milieu des faits des pins émaillés de grosses roches aux mousses vertes. Malheureusement, les contreforts himalayens sont surpeuplés et la vue de ces maisons éparpillées sur les moindres recoins des versants efface nos rêves de solitude. 
Nous récupérons la vallée de Kullu par une route qui se transforme en une mauvaise piste très étroite. Les coulées de boue et les éboulements ont ravagé le chemin. Nos roues pataugent dans les graviers, glissent sur la boue. En fin de matinée, 20 km au compteur et les jambes moulues. 28. beaucoup d'eboulements Himchal Pradesh
Nous nous engageons dans la vallée qui suit le fleuve Beas jusqu’à Manali via Manti et Kullu. La surpopulation est toujours aussi visible, le soir depuis notre tente nous observons les lumières qui brillent jusqu’en haut des montagnes en face de nous. 

A partir de Manali, le col Rothang nous attend, qui est notre porte d’entrée dans l’Himalaya. 50 km de montée en perspective. 6h du matin, nous sommes motivés à bloc pour entamer l’ascension vers le col. Malheureusement le temps en a décidé autrement : depuis la veille la pluie tombe sans discontinuer. Malgré tout, impatients d’être dans les hauteurs, nous nous élançons sous la pluie. 36km de montée sous la pluie, dans le brouillard qui se fait de plus en plus épais au fur et à mesure que nous nous élevons. Puis soudain, les nuages se dissipent et laissent apercevoir une vallée immense : la vue est plongeante, vertigineuse sur les lacets que nous venons de grimper. 5 minutes plus tard, les nuages ont repris leur place et nous arrivons humides et gouttants au pied du col à Mahry. 32. montee vers le col du Rothang Himchal Pradesh

Le lendemain, nous découvrons la vue que le brouillard nous avait caché la veille : un panorama plongeant sur la vallée encaissée de Manali et sur une rangée de pics acérés et enneigés qui entourent le col du Rothang. Le ciel est au bleu fixe tout comme notre moral. 15 kilomètres de lacets doivent nous élever au 3.980m du col. Les deux jours de pluie précédents ont transformé la route (non asphaltée) en une immense coulée de boue. Nous mettons pied à terre et poussons les vélos dans les sillons spongieux laissés par les véhicules. La boue colle à nos roues, les lestant d’un poids supplémentaire et transformant nos vélos en véritables charrues peu malléables. Le jeu consiste à repérer les meilleurs sillons et à éviter les trous qui promettent l’embourbement. Un coup à gauche, un coup à droite, nous poussons machinalement, concentrés sur l’effort. Mais ne pouvant empêcher nos yeux de se plonger sur la vue de la vallée qui s’éloigne petit à petit. Beaucoup d’énergie dépensée mais rien ne peut entamer notre gaieté du jour tant nous sommes heureux d’être dans les montagnes et ses grands espaces. 
35. depart de Mary pour le col de Rothang Himchal Pradesh38. on pousse dans le boue Rothang pass40. petite pause au milieu du col Rothang
A 12h nous pique niquons au col face à cette vallée que nous avons monté pendant deux jours. A chaque col, la même excitation face à ce qui se trouve de « l’autre côté » , cette nouvelle vallée, ce versant incertain sur lequel ont été concentré toutes nos pensées lors de notre ascension. Une nouvelle chaîne de montagnes impressionnante s’offre à notre vue : pics enneigés, terre marron jaune, coupés net pas un ciel bleu profond sans nuages. La descente en lacets se devine jusqu’en bas au niveau de la rivière. Elle se fait au ralenti, les mains crispées sur les freins pour éviter les trous et roches qui jonchent la piste. 
44. descente vers la Spiti valley Himchal Pradesh
En bas, à Gramphu, nous bifurquons vers l’Est, nous voilà dans la Spiti Valley. La piste qui nous y amène, à peine visible, a plus des allure de chemin de bergers. Elle s’avère finalement bien roulant. La vallée du Spiti est enserrée entre deux importantes rangées de montagnes à pic au milieu desquelles se faufile une rivière bleue grise. Nous campons le soir avec 6 motards rencontrés la veille sur la route. Le lendemain nous partons de bonne heure chauffés par le soleil naissant. La vallée est inhabitée du fait de son encaissement. Les montagnes sont arides et rocailleuses, les pentes glissantes de gravillons. D’énormes roches tombées s’accumulent sur les côtés de la route. Les tons marrons – rouge des montagnes se détachent du ciel impeccablement bleu qui donne une si grande intensité au paysage. Le piste est mauvaise et les nombreux passages à gué rendent notre progression lente et laborieuse.
Aurélien s’aperçoit qu’il a oublié sa montre 12 km plus tôt. L’aller retour lui prend 2h et nos petits malheurs s’enchaînent alors : dans une paysage lunaire, la piste se détériore encore, poussiéreuse, jonchée de cailloux et de roches nous secouant dans tout les sens et finalement nous obligeant à pousser nos vélos régulièrement. Nous sommes au ralenti, l’énergie dépensée est énorme, mais nous devons continuer pour atteindre Batal et avoir une chance de planter la tente (impossible dans la vallée encaissée).48. camping avec les motards  Spiti valley51. route vers batal Spiti valley54.  route vers batal Spiti valley
Le soleil se couche et le pneu d’Aurélien nous lâche! Une belle crevaison au milieu de nul part! Réparation en vitesse, un œil anxieux sur le soleil qui descend rapidement derrière les sommets. Au moment du regonflage, c’est au tour de la pompe de faire des siennes… Nous repartons finalement, la roue à moitié gonflée. Puis la nuit tombe et une ombre immense se fait. Les montagnes se dessinent sous le ciel étoilé. Les frontales sur la têtes, nous roulons au pas. Nous oublions l’effort, absorbés par l’ambiance.

A 4.100m d’altitude, enveloppés dans l’obscurité, les espaces nous semblent encore plus majestueux, sereins. Seul le bruit de la rivière, de son flot ininterrompu, accompagne notre avancée. 

Après 45 minutes nous arrivons enfin aux quelques baraques qui constituent Batal. Nous dégustons avec empressement notre plat de riz – lentilles – chapati et nous glissons épuisés dans nos duvets. Le matin, thé chaud en main, nous découvrons le paysage : pics blancs, fleuve bleu glacier et notre route qui monte en lacets vers le col Kuzum La encore invisible d’ici. Nous attendons le soleil avant de commencer nos 15 km de montée sur une piste bien tassée qui nous amène tranquillement à 4.551 m d’altitude. Malgré le soleil qui brûle nos visages, le vent nous glace et nous ne nous attardons pas.58. ascension du Kuzum La Spiti Valley
Le paysage est toujours aussi lunaire, couleurs rosées, perspective sur les sommets qui s’enchaînent, lacets à flanc de montagne et fleuve qui serpente en bas. L’état de la route est lamentable, nous allons aussi lentement qu’en montée! La piste est un amas de cailloux et rochers qui nous secouent dans tout les sens, ballottés au gré des ricochets sur les roues, le plaisir de la descente tant attendue est sacrément entamé… Une pause midi récupératrice au milieu de ce désert permet d’ajuster le moral.
La vallée est maintenant habitée. Nous croisons de rares villages indo – tibétains aux massives maisons construites sur 2 ou 3 étages, murs chaulés, toits plats soutenus par de petites poutres en bois, recouvert de branchage et de terre pour solidifier le tout, fenêtre carrées avec des bordures peintes en rouge ou bleu et drapeaux de prières tibétains.
Entourant les hameaux, de belles parcelles de maïs, d’orge et de blé aux formes harmonieuses sont cultivées. Les fourrages sont mis à sécher sur les toits des maisons. Les habitants, bouddhistes, ont des visages ronds aux traits asiatiques. Nous nouerons peu d’échanges avec la population qui semble blasée des touristes, pourtant peu nombreux, qui traversent la région. La route est maintenant à peu près asphaltée et nous amène à Kaza à travers gorges et canyons impressionnants. Nos vélos semblent bien petits aux bords de ces falaises rocheuses. Nous stoppons à Tabo pour visiter le complexe bouddhiste. Nous continuons à suivre la rivière le long de gorges étroites. Le paysage se fait moins désertique. Les plantations de pommiers forment de petits oasis verts sur les falaises rocheuses. Ces plantations sont un des seuls revenus agricoles de la vallée de Kinaur
qui exporte les belles pommes rouges vers Delhi et le nord du pays.
70. descente vers Losar Spiti Valley79. premiers villages de la Spiti valley90. en route vers tabo Spiti valley
Compte tenu du climat désertique et de l’à pic des falaises, le travail de culture est titanesque. Les pommiers sont aménagés en terrasses, parfois le lopin de terre est accroché sur un replat dans les coins de falaises les plus invraisemblables. Pour ramener la récolte, les ânes sont employés : seuls eux peuvent emprunter chargés les minuscules sentiers qui se frayent un passage sur le flanc abrupte des montagnes. Des nacelles ont été également aménagées pour faire traverser la rivière aux lourdes caisses de pommes. 

Pour atteindre le village de Nakho nous devons grimper un col interminable et inexistant sur notre carte. La montée commence en lacets réguliers puis continue sur le versant opposé. Nous prenons de la hauteur et la vue sur ces blocs montagneux devient vertigineuse : montagnes arides95.-montee-surprise-vers-nako-spiti-valleyimpressionnantes de hauteur, cimes enneigées, vides immenses nous séparant de la rivière tumultueuse en contrebas. La route n’en finit pas de monter. Chacun dans son rythme, nous avançons lentement, fermés dans notre bulle de concentration. A midi enfin nous atteignons Nakho, petite bourgade fleurie perchée sur son promontoire.  

La configuration de la vallée en gorges resserrées rend tout camping sauvage impossible. Chaque nuit nous perdons du temps à atteindre un village pour trouver un hôtel  ou planter la tente dans un jardin. Par deux fois nous finirons de nuit, à la frontale pour trouver un hypothétique village. La sortie de la vallée du Kinaur est pénible. La route est à nouveau détériorée et l’étroitesse des gorges finit par nous oppresser. Nous aspirons à un peu d’espace et de lumière. Impossible de camper, de cuisiner le midi, nous perdons l’avantage du vélo ainsi que notre autonomie. 
111. redescente dans les gorges de la Kinaur valley103. petit Kinauri et son chapeau de feutre Nako
Finalement nous arrivons à Shimla où nous nous reposons 5 jours. Cette ville indienne est providentielle : le centre ville est entièrement piéton. Nous prenons un bus qui nous amène à 200 km de la frontière népalaise. Trajet de 16h dans un bus littéralement bondé de centaine d’indiens. Après deux jours de vélo, deux invitations dans des familles Sikhs adorables, nous sortons d’Inde et entrons au Népal par le minuscule poste frontière de Mahendranagar.

Le Nord de l’Inde nous a paru bien différend du Sud . Après trois semaines dans la solitude des montagnes, nous avons eu du mal à nous réhabituer aux regards fixes et incessants des indiens. Le sentiment d’être en permanence observés, étudiés finit par être pesant. Nous avons été frappés par les regards vides, par l’absence d’expressions sur le visage, seuls des yeux scrutateurs et immobiles. Nous avons également eu du mal à accepter à nouveau la saleté. Les villages bouddhistes des montagnes étaient extrêmement propres. A peine redescendus dans la vallée, les ordures, les odeurs, les crachats ont fait leur réapparition. Comme s’il nous avait fallu ces quelques semaines pour nous apercevoir de l’omniprésence de la saleté en Inde. Saleté qui jusque là ne nous avait pas plus choqué que ça… 

Nos trois mois en Inde ont été extrêmement riches en découvertes et rencontres. Nous avions tellement été mis en garde négativement contre ce pays que nous avons été agréablement surpris en tout. Notre coup de cœur restera définitivement la douceur du Sud et plus particulièrement du Tamil Nadu, ainsi que les rencontres avec les Sikhs qui nous ont énormément impressionnés par leur foi, leur gentillesse et leur tolérance.