Archives pour juin, 2010

Iran : en terre Perse

Une fois la barrière turque franchie, nous enfilons un pantalon long pour Aurélien et un foulard sur la tête pour Héloïse et passons les formalités iraniennes. Le changement est flagrant avec la Turquie : les femmes sont partout!! une vraie bouffée d’air frais! Des groupes de copines rigolardes prennent le bus, certaines travaillent dans les magasins, les administrations, sont chauffeurs de taxi; car oui, la femme iranienne conduit! voile sur la tête, tchador noir sur les épaules, elle fonce tel un bolide à travers la circulation chaotique (pour ne pas dire anarchique…). Vu de France, cela peu paraître banal, mais cela faisait 2 mois que nous n’avions pas vu de femme au volant…

Deuxième contraste, les femmes, bien que portant le voile et un « manteau » (taille règlementaire devant arriver en dessous des fesses), sont toutes très coquettes et affichent maquillage, chaussures à talon, pantalon moulant, lunettes de soleil italiennes et bien sûr un voile découvrant une bonne partie des cheveux (c’ est tout un art d’arriver à le faire tenir pour montrer juste assez de cheveux). Elles sont très curieuses et ne cessent de glousser à notre passage ou nous accostent pour connaître notre nationalité et notre avis sur l’Iran.

Une grande partie des femmes portent ce grand voile noir qui recouvre tout le corps, le tchador qui fait si peur aux occidentaux. Là encore, la mode est variée : le tchador peut être épais et fermé entièrement, ou alors ce n’est qu’un simple voile noir transparent qui se drape élégamment. Malheureusement, la couleur dominante est toujours le noir. Triste noir qui donnent parfois l’impression de voir passer des ombres dans les rues….

Nous prenons le bus en passant par Tabriz pour arriver rapidement à Téhéran et lancer les démarches pour les prochains visas (turkmène, ouzbek et tadjik). Rendus à l’ambassade de France pour obtenir des lettres de recommandations, nous y rencontrons Mikael, un frenchie en vélo couché (http://mikael.lavorel.free.fr/). Adopté, nous passerons avec lui les affres de demandes de visas à Téhéran (avoir les bons papiers, trouver le bon taxi à travers la jungle Téhéranaise, arriver aux bonnes heures, etc…), puis prendrons ensemble la route pour Isfahan à travers le désert iranien.

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Au départ, 400 km de route nous attendent entre Téhéran et Isfahan, mais finalement ils se transformeront en presque 600 km suite à quelques « détours ». Partis très tôt le matin, la sortie de Téhéran se fait assez facilement (12 millions d’habitants, ce qui signifient au moins 7 millions de conducteurs potentiels dangereux au possible, les rétroviseurs n’existent pas ici, ainsi que les lignes délimitant les voies, chacun roule là où il trouve de la place et le plus gros passe en premier). Puis nous nous enfonçons dans le désert sur une autoroute qui n’offre pas les meilleurs paysages, mais qui a le mérite de nous éviter les chauffeurs fous des nationales (qui nous obligent à nous jeter sans cesse sur le bas côté pour éviter la collision).
Nous roulons pendant 6 jours avec un moyenne kilométrique oscillant entre 90 et 110 km/jour. La chaleur est écrasante (entre 35 et 40 degré) et nous oblige à partir très tôt le matin. Le voile, la chemise à manche longue et le pantalon n’aide pas non plus à faire passer le peu d’air frais que l’on peut capter…

Les paysages sont plutôt monotones et nous sommes heureux de faire une petite escapade dans les montagnes pour visiter le mignon petit village d’Abyaneh en pierre et pise rouge. La population est plutôt composée de petit vieux qui « vivent » du tourisme et d’agriculture. Les femmes portent de longs voiles fleuris et colorés sur plusieurs couches de jupons, tandis que les hommes arborent de larges pantalons noirs.

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Nous arrivons enfin à Isfahan, contents d’en avoir fini avec le désert et pressés de découvrir cette ville mythique. Et nous ne sommes pas déçus, Isfahan est un véritable petit joyau, un paradis d’arbre et d’eau pour le voyageur fatigué. Étape importante de la route de la soie, l’artisanat de la soie, de la miniature, des mosaïques, de l’argenterie, est encore vivant dans la ville et on entend le « tac tac » des marteaux frappant le cuivre dans les échoppes qui bordent l’Imam Square. Cette place, avec ces 512 m de long et 163 m de large, est la plus grande du monde après la place Tian’anmen en Chine. Au sud trône l’imposante mosquée Imam, recouverte de belles mosaïques bleues, à l’ouest le palais Ali Quapu qui offre un magnifique vue sur l’ensemble depuis son balcon au poutre de bois.

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En fin de journée, nous nous baladons le long de la rivière Zayandeh où se dressent de très beaux ponts en pierre datant principalement du 17eme siècle. Ceux-ci sont piétons et sur les berges des pistes piétonnes et cyclables ont été aménagées au milieu des pelouses, arbres et massifs fleuris.

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Le soir, la ville jusqu’alors morte (entre 13h et 18h, personne ne sort dehors) se remplis d’une foule d’iraniens venue pic-niquer et se balader. Il faut savoir que le pic-nique est LE sport national en Iran. Dès qu’ils voient un carré d’herbe  les iraniens en profitent pour dresser une nappe, sortir la théière et le thermos et entamer les victuailles. A la nuit tombée, les pelouses de la place de l’Imam sont pleines à craquer de pic-niqueurs.
Cette passion du pic-nique s’explique en partie par le très grand attachement des iraniens à la famille. Celle-ci prime avant tout, et TOUT se fait en famille. Mais aussi par l’absence de lieu public de loisir : aucun bar, aucune salle de concert, aucune discothèque… les lieux de rencontres et de détentes sont rares ici.

A Isfahan, nous sommes hébergés par un gentil couple d’iraniens qui fait les démarches pour émigrer au Canada et travaille son français dans ce but. Nous rencontrons également Javed, jeune de 15 ans qui nous introduit dans sa famille et nous régale de sucreries et d’ un bon repas traditionnel iranien dont on a déjà oublié le nom  (en tout cas ,c’est à base de viande de mouton!).

Nous faisons une excursion d’un jour à Yazd, perdue en plein milieu du désert. C’est une des cités les plus anciennement habitée d’Iran. L’architecture est très spéciale, avec des maisons, ruelles et arcades faites en terres et paille couleur beige et jaune. Là encore, de belles mosquées et mausolées aux mosaïques bleues claires et turquoises, des maisons traditionnelles rafraichissantes (bassins d’eau et patios boisés).

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Nous sommes très souvent abordés dans la rue : les gens veulent savoir en premier notre nationalité (parfois même sans dire bonjour ni rien, certain nous demande abruptement « where are you from? », puis reparte aussitôt), puis notre avis sur l’Iran. Ils sont très sensibles à la mauvaise image qui colle à la peau de leur pays à l’étranger. Beaucoup nous parlent de la politique et du gouvernement en place. On sent que certain on besoin de parler aux étrangers pour se délivrer de ce poids qui leur pèse. Jeunes et vieux nous confient leur tristesse et désemparement face au destin de l’Iran. Un routier ayant fait des études d’ingénieur mais ayant été coupé dans son avenir par le régime en place nous parle la voix pleine d’émotion de ce qu’il n’a pas pu réaliser dans sa vie et nous fait le signe des poings serrés et des barreaux de prison.
Nous sommes émus par ces témoignages et cette soif de parler et de connaitre notre monde à nous. C’est la première fois que l’on nous pose autant de questions sur la France et notre façon de vivre. Il faut dire que beaucoup d’iraniens parlent anglais, ce qui facilite la communication.

Nous partons demain pour le sud de l’Iran, direction Shiraz, en passant par les montagnes du Zagros pour profiter, on l’espère, d’un peu d’air frais.

Galerie photos – Le raffinement Perse

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Reportage Ecole – Turquie : Kurdistan Turque

La Syrie est déjà finie, nous retrouvons la frontière et nous voila lancés pour notre dernière partie en Turquie. Nous avons 2 semaines de traversée dans la partie Est du pays. Les premiers jours sont encore très chaud, 35 degrés de moyenne, nous avons changé notre rythme pour faire du vélo : nous nous levons vers 5h du matin et commençons à pédaler vers 6h. Nous faisons une pause de 12h à 17h et finissons la journée par 20km, on plante notre tente vers 19h.

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Invitation au thé a la frontière

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Héloïse en habit du village

A peine nous avons passé la frontière que nous sommes invités à boire le thé . Les femmes portent
des foulards mauve et une robe colorée. Héloïse se prend au jeu , elle est habillée de la tête aux pieds de l’habit du village.

Les paysages sont désertiques, nous visitons un caravansérail et nous sommes invités par les gens du village. Le soir nous mangeons une tête de mouton pas très bonne, du coup nous sommes malade tous les deux durant une journée.

Les villages traversés sont de plus en plus jolis : Mardine, cette ville est perchée à 1.200m d’altitude, la vue est belle. Ensuite nous traversons Hasenkief, le village est placé au bord de falaises de canyons.

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Lac de Van

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Hasenkief

Nous continuons à remonter vers le Nord, direction Van et son Lac. La montée est longue et les routes sont difficiles, le lac est à 1.660m.

Nous prenons 2 jours de repos!! Nous reprenons le vélo pour notre dernière partie en Turquie, la région s’appelle le Kurdistan (comme la Gironde en France).

Les gens qui y habitent sont des Kurdes. Ils vivent différemment : d’abord, ils peuvent avoir plusieurs femmes, ils parlent aussi une langue différente du Turc.

La vallée que nous prenons pour rejoindre l’Iran est magnifique. Nous roulons entre les montagnes, elles sont vertes, rondes et il y a des champs de fleurs partout.
Il y a aussi des ruisseaux et des rivières qui nous permettent de nous laver!! Nous prenons beaucoup de plaisir à découvrir cette nature riche en couleur.

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Nous traversons enfin la frontière, nous sommes en Iran.
Nous vous ferons découvrir dans le prochain article ce nouveau pays.
En attendant passez de bonnes vacances…

JOYEUX ANNIVERSAIRE HELOÏSE !!!

plus que 18.523 km ...

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15 juin 2010

happy birthday Hélo … 24 ans !

un super méga joyeux anniversaire de la part de tout le monde

tu es loin mais on pense fort à toi

bonne aventure

….

bisous

on ne rigole pas svp !!!!

et souffle des bougies pour la route …

on est avec toi !!! bon annif !

et voici la 24e bougie

Galerie photos – Turquie : Kurdistan Turque

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Galerie photos Kurdistan turque

Turquie : Artiz’en vélo au Kurdistan turque

IMG_2414En compagnie de notre nouvelle famille belge, nous franchissons la frontière turque.  Nous sympathisons avec une grande famille turque arabe. Les femmes sont toutes très belles, coiffées d’un foulard mauve pâle et habillées de longues robes brillantes aux couleurs vives. Françoise et Héloïse sont amenées dans la maison pour un relooking total à la mode turque!

Nous nous posons 20 km plus loin tous ensemble à Haran et ses maisons en pain de sucre. Le lendemain, nous quittons avec un petit pincement au cœur notre désormais familier truck Baloo et finissons la journée au caravansérail de Han El Barur. Nous sommes invités par une famille voisine.

Han El Barur

Après 1h de préparation et une odeur persistante de mouton, le repas nous est servit : un plat entier de tripes  et une tête de mouton bouillie servie telle quelle. Impossible d’y couper, nous devons faire honneur au plat. D’ailleurs, notre hôte ne se prive pas et semble se régaler. Héloïse arrive à esquiver la tête de mouton, du coup Aurélien doit manger pour deux et avec le sourire SVP!

Résultat : Aurélien est malade une partie de la nuit, et le lendemain c’est au tour d’Héloïse toute la journée. L’estomac  s’emballe et a du mal à digérer ce met de choix. Comme le mal ne passe pas pour Héloïse, nous accélérons d’un coup de stop jusqu’à Mardine pour nous reposer dans un hôtel. La petite ville de Mardine est très belle, perchée sur un roc au milieu de la plaine mésopotamienne. Nous repartons, mais à cause d’un kebab douteux, Aurélien tombe de nouveau malade. Nous continuons tant bien que mal notre route, mais l’enthousiasme n’y est pas.

Heureusement, nous sommes deux et pouvons nous soutenir mutuellement, nous encourager et prendre les choses en main lorsque l’un des deux flanche.

IMG_2424Nous entamons les montagnes qui mènent au lac de Van, perché à 1.660 m d’altitude. Bien sûr ça monte, on sue à grosses gouttes, on peste contre la route, mais qu’est ce que c’est beau! Nous sommes heureux de nous retrouver dans cet environnement que nous aimons. Seul bémol, la présence militaire qui se fait sentir partout. La question du Kurdistan est encore d’actualité en Turquie ,et bien que la région soit maintenant à peu près pacifiée, les combats entre les militaires et les militants indépendantistes du PKK persistent. Le PKK est une guérilla qui souhaite l’indépendance du Kurdistan, qui correspond à l’est de la Turquie, et comprend 2 millions de kurdes (les Kurdes sont également présents en Irak, Syrie et Iran, et sont environ 40 millions en tout).

La condition des kurdes a été amélioré ces dernières années, mais ils ne peuvent toujours pas apprendre leur langue à l’école ,et de nombreux dirigeants kurdes sont encore emprisonnés et les milliers de déplacés pendant la répression des années 80 ne sont pas autorisés à revenir.

IMG_2452Toutes les villes et chaque petit village « hébergent » une caserne militaire avec soldats postés en faction à l’entrée. A certains endroits, apparemment cruciaux, les militaires sont présents à chaque km dans de petites cabanes de surveillance ou dans des check points sur les bords de routes. Nous atteignons le lac de Van par une route qui s’avère être calvaire. Elle est en travaux sur une grande partie, et la montée des cols en est rendue laborieuse. Nous roulons au milieu des trous , des bosses et de la poussière. Nous sommes quand même récompensés par la magnifique vue sur le lac de Van cerné de monts enneigés et l’imposant volcan Nemrut.

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champ de coquelicots

Une fatigue générale et une certaine lassitude nous font accélérer d’un coup de stop jusqu’à Van. Cela fait 4 mois que nous sommes maintenant en voyage et le passage en Syrie nous a beaucoup fatigué physiquement (chaleur intense et peu de nourriture) et un peu mentalement (la sensation de ne jamais être seuls une seule minute). Nous restons donc 3 jours complets dans la ville et après ce bon repos nous repartons vers la frontière iranienne à 250 km dans le sud du Kurdistan. Pendant 3 jours, nous roulons dans les hautes montagnes kurdes. Les paysages sont magnifiques : les vallées sont verdoyantes, rouges de coquelicots; en contrefort des reliefs ondulants surplombent d’abruptes sommets enneigés, culminants à plus de 3.000 et 4.000 m.

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ex aequo pour le maillot à pois !!!

Les vallées sont creusées par les larges torrents au lit sinueux que nous suivons et au bord desquels des troupeaux de moutons et de brebis paissent. Nous y franchirons notre premier haut col à 2.730 m d’altitude!

Les kurdes sont très fiers de leur identité et nous le font savoir : ils ne sont pas turcs! La partie kurde que nous avons traversée nous a semblé très contrastée. D’un côté, un certaine richesse et occidentalisation : les belles et grosses voitures sont de mise, de grandes galeries commerciales et cinémas dans les villes, des femmes non voilées, en jeans, t-shirt manches courtes et maquillées dans les rue. D’un autre côté, un vraie pauvreté, inexistante dans l’ouest de la Turquie, se fait sentir. Beaucoup de très jeunes enfants travaillent dans la rue ou mendient « hello tourist, give me money money money! ». IMG_2389Dans les campagnes, ils vendent des petits fruits sur les bords de routes. Dans les villages, les femmes sont inexistantes. Impossible d’en apercevoir une.

Les kurdes nous ont semblé plus frustrés. Façonnés par une vie de travail, tous paraissent 10 bonnes années plus âgés qu’ils ne le sont réellement (a contrario, ils nous donnaient entre 17 et 19 ans). Dès 12 ans, les hommes travaillent après 5 petites années de scolarisation. Nous sommes choqués de voir un gamin de 7 ans passer la serpillère dans un restaurant à 6 heure du matin ou un autre faire le service jusqu’à 22h le soir. Les enfants sont considérés comme les petits esclaves au service des hommes qui, plutôt que de bouger de leur chaise, passent leur temps à leur donner des ordres pour aller chercher ou faire telle ou telle chose. A 10 ans, les garçons ont déjà des attitudes de petits hommes.

Quand aux filles,  mariées entre 14 et 18 ans, elles sont vouées à « faire » des enfants (de 6 à 14 rejetons par famille). La polygamie est autorisée pour les kurdes, et ceux-ci se vantent allègrement d’avoir 2 ou 3 femmes comme on aurait deux ou trois belles voitures.

Près de la frontière, l’intégralité des kurdes rencontrés vivent de trafic avec l’Iran. La nuit, menant des troupeaux de chevaux, ils ramènent des cigarettes, du pétrole et de la drogue d’Iran où le niveau est de vie est beaucoup moins cher. Les villages entiers vivent de ce trafic et se portent plutôt bien. Une nuit, nous dormirons près de la réserve de mazout de notre hôte, au milieu des effluves d’essence et du bruit des voitures stoppant pour acheter un bidon.

50 km avant la frontière, les contrôles policiers et militaires s’intensifient, car nous passons près des montagnes où sont retranchés une grande partie des militants du PKK (nous apprendrons aussi que 4 jours avant, des attentats ont eu lieu contre des policiers et militaires). A Yuhsekova, nous sommes arrêtés par un véhicule militaire blindé qui arrive à toute trombe, sortit de nul part. 1ère vérification des passeports. Un deuxième véhicule, puis un troisième arrivent et nouvelle vérification des passeports et parlementations au téléphone. Finalement, ils s’avèrent très gentils et nous amènent même dans leur « police market » pour faire nos courses. Nous leur servons également de traducteurs pour les sénégalais entrés illégalement sur le territoire. Après 30 minutes de paperasse, nous pouvons ressortir du QG de la police.

Le lendemain, nous arrivons à la frontière iranienne à Essendere, près à quitter ce pays Chok Guzel! Une question récurrente des turcs est « Turkia guzel? » (belle/bien), ce à quoi nous répondons en cœur « evet, chok guzel! » (très jolie). Car en Turquie, il faut le savoir, tout est toujours « chok guzel » (sinon on risque de blesser son interlocuteur) : leurs villages, leurs maisons, le repas, la tête de mouton bouille, le bébé qui bave, la route avec la chaussée déformée, les émissions de propagande à la TV… bref il faut TOUT aimer!

IMG_2502Un mois et demi en Turquie nous a permit de mieux connaître ce pays et ses habitant. Entrés dans le pays en étant plutôt favorable à son adhésion à l’UE, nous en sortons bien plus mitigés sur la question. Selon nous, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant qu’elle ne puisse intégrer les cadrans européens. Ce n’est pas vraiment sur le plan économique que le problème se pose, car globalement la Turquie est bien développée, a beaucoup de potentiel et les turcs sont extrêmement travailleurs et volontaires. C’est plutôt sur le plan social que l’écart est immense. Le statut de la femme est ce qui nous a le plus choqué en Turquie. Celles-ci comptent pour rien dans une très grande majorité du pays : elles ne vont pas à l’université, ne travaillent pas, ne sortent pas de chez elles, ne voyagent pas, ne conduisent pas (déjà, si elles peuvent s’asseoir à côté du conducteur et non à l’arrière, c’est un progrès). Elles sont exclusivement vouées aux tâches domestiques (inculquées dès le plus jeune âge aux gamines) et à la maternité. Et cela n’a rien à voir avec la religion musulmane, qui finalement n’est qu’une excuse pour justifier le machisme profond des turcs. Face à cela, les femmes sont fatalistes et perpétuent sur leurs propres enfants ce formatage.

La persistance des mariages arrangés et entre des turcs très jeunes (entre 14 et 21 ans), créent d’énormes frustrations chez les deux sexes. Les hommes se sentent enchaînés et capturés par le mariage (ils nous feront souvent le signe d’être ligotés), qui les oblige à travailler tôt et durement pour faire vive la famille et/ou à s’exiler loin pour trouver un travail correct. Les femmes, elles, passent de l’autorité du père et des frères à celle de leur mari, sans qu’aucun autre horizon ne soit possible. Souvent, leur mari part travailler dans une grande ville loin (Istanbul ou la côte Méditerranéenne), ou s’il travaille sur place, passe son temps avec ses amis masculins. Les femmes sont gardienne  d’un foyer où l’homme n’est quasiment jamais là. Bien sûr, la conception du couple n’est pas la même qu’en France (on nous a souvent demandé combien coûtait notre mariage, si il avait été arrangé et nos explications « on s’aime , on s’est rencontré l’un et l’autreIMG_2541 en dehors des parents » ne soulevaient qu’une vague d’incompréhension), et nous ne pensons pas que notre modèle soit idéal, mais il est triste de voir de reproduire un schéma traditionnel et conservateur qui ne semble pas épanouir réellement les individus.

En tout cas, au bout d’un mois et demi, l’ambiance ultra masculine et machiste commençait à peser à Héloïse, et le passage en Iran fort attendu!

Mais finissons sur une note positive pour ce pays qui nous a si bien accueilli pendant un mois et demi:  les turcs sont d’une grande gentillesse, toujours prêts à rendre service et largement humanistes comme ils aiment à se caractériser!