Une fois la barrière turque franchie, nous enfilons un pantalon long pour Aurélien et un foulard sur la tête pour Héloïse et passons les formalités iraniennes. Le changement est flagrant avec la Turquie : les femmes sont partout!! une vraie bouffée d’air frais! Des groupes de copines rigolardes prennent le bus, certaines travaillent dans les magasins, les administrations, sont chauffeurs de taxi; car oui, la femme iranienne conduit! voile sur la tête, tchador noir sur les épaules, elle fonce tel un bolide à travers la circulation chaotique (pour ne pas dire anarchique…). Vu de France, cela peu paraître banal, mais cela faisait 2 mois que nous n’avions pas vu de femme au volant…
Deuxième contraste, les femmes, bien que portant le voile et un « manteau » (taille règlementaire devant arriver en dessous des fesses), sont toutes très coquettes et affichent maquillage, chaussures à talon, pantalon moulant, lunettes de soleil italiennes et bien sûr un voile découvrant une bonne partie des cheveux (c’ est tout un art d’arriver à le faire tenir pour montrer juste assez de cheveux). Elles sont très curieuses et ne cessent de glousser à notre passage ou nous accostent pour connaître notre nationalité et notre avis sur l’Iran.
Une grande partie des femmes portent ce grand voile noir qui recouvre tout le corps, le tchador qui fait si peur aux occidentaux. Là encore, la mode est variée : le tchador peut être épais et fermé entièrement, ou alors ce n’est qu’un simple voile noir transparent qui se drape élégamment. Malheureusement, la couleur dominante est toujours le noir. Triste noir qui donnent parfois l’impression de voir passer des ombres dans les rues….
Nous prenons le bus en passant par Tabriz pour arriver rapidement à Téhéran et lancer les démarches pour les prochains visas (turkmène, ouzbek et tadjik). Rendus à l’ambassade de France pour obtenir des lettres de recommandations, nous y rencontrons Mikael, un frenchie en vélo couché (http://mikael.lavorel.free.fr/). Adopté, nous passerons avec lui les affres de demandes de visas à Téhéran (avoir les bons papiers, trouver le bon taxi à travers la jungle Téhéranaise, arriver aux bonnes heures, etc…), puis prendrons ensemble la route pour Isfahan à travers le désert iranien.
Au départ, 400 km de route nous attendent entre Téhéran et Isfahan, mais finalement ils se transformeront en presque 600 km suite à quelques « détours ». Partis très tôt le matin, la sortie de Téhéran se fait assez facilement (12 millions d’habitants, ce qui signifient au moins 7 millions de conducteurs potentiels dangereux au possible, les rétroviseurs n’existent pas ici, ainsi que les lignes délimitant les voies, chacun roule là où il trouve de la place et le plus gros passe en premier). Puis nous nous enfonçons dans le désert sur une autoroute qui n’offre pas les meilleurs paysages, mais qui a le mérite de nous éviter les chauffeurs fous des nationales (qui nous obligent à nous jeter sans cesse sur le bas côté pour éviter la collision).
Nous roulons pendant 6 jours avec un moyenne kilométrique oscillant entre 90 et 110 km/jour. La chaleur est écrasante (entre 35 et 40 degré) et nous oblige à partir très tôt le matin. Le voile, la chemise à manche longue et le pantalon n’aide pas non plus à faire passer le peu d’air frais que l’on peut capter…
Les paysages sont plutôt monotones et nous sommes heureux de faire une petite escapade dans les montagnes pour visiter le mignon petit village d’Abyaneh en pierre et pise rouge. La population est plutôt composée de petit vieux qui « vivent » du tourisme et d’agriculture. Les femmes portent de longs voiles fleuris et colorés sur plusieurs couches de jupons, tandis que les hommes arborent de larges pantalons noirs.
Nous arrivons enfin à Isfahan, contents d’en avoir fini avec le désert et pressés de découvrir cette ville mythique. Et nous ne sommes pas déçus, Isfahan est un véritable petit joyau, un paradis d’arbre et d’eau pour le voyageur fatigué. Étape importante de la route de la soie, l’artisanat de la soie, de la miniature, des mosaïques, de l’argenterie, est encore vivant dans la ville et on entend le « tac tac » des marteaux frappant le cuivre dans les échoppes qui bordent l’Imam Square. Cette place, avec ces 512 m de long et 163 m de large, est la plus grande du monde après la place Tian’anmen en Chine. Au sud trône l’imposante mosquée Imam, recouverte de belles mosaïques bleues, à l’ouest le palais Ali Quapu qui offre un magnifique vue sur l’ensemble depuis son balcon au poutre de bois.
En fin de journée, nous nous baladons le long de la rivière Zayandeh où se dressent de très beaux ponts en pierre datant principalement du 17eme siècle. Ceux-ci sont piétons et sur les berges des pistes piétonnes et cyclables ont été aménagées au milieu des pelouses, arbres et massifs fleuris.
Le soir, la ville jusqu’alors morte (entre 13h et 18h, personne ne sort dehors) se remplis d’une foule d’iraniens venue pic-niquer et se balader. Il faut savoir que le pic-nique est LE sport national en Iran. Dès qu’ils voient un carré d’herbe les iraniens en profitent pour dresser une nappe, sortir la théière et le thermos et entamer les victuailles. A la nuit tombée, les pelouses de la place de l’Imam sont pleines à craquer de pic-niqueurs.
Cette passion du pic-nique s’explique en partie par le très grand attachement des iraniens à la famille. Celle-ci prime avant tout, et TOUT se fait en famille. Mais aussi par l’absence de lieu public de loisir : aucun bar, aucune salle de concert, aucune discothèque… les lieux de rencontres et de détentes sont rares ici.
A Isfahan, nous sommes hébergés par un gentil couple d’iraniens qui fait les démarches pour émigrer au Canada et travaille son français dans ce but. Nous rencontrons également Javed, jeune de 15 ans qui nous introduit dans sa famille et nous régale de sucreries et d’ un bon repas traditionnel iranien dont on a déjà oublié le nom (en tout cas ,c’est à base de viande de mouton!).
Nous faisons une excursion d’un jour à Yazd, perdue en plein milieu du désert. C’est une des cités les plus anciennement habitée d’Iran. L’architecture est très spéciale, avec des maisons, ruelles et arcades faites en terres et paille couleur beige et jaune. Là encore, de belles mosquées et mausolées aux mosaïques bleues claires et turquoises, des maisons traditionnelles rafraichissantes (bassins d’eau et patios boisés).
Nous sommes très souvent abordés dans la rue : les gens veulent savoir en premier notre nationalité (parfois même sans dire bonjour ni rien, certain nous demande abruptement « where are you from? », puis reparte aussitôt), puis notre avis sur l’Iran. Ils sont très sensibles à la mauvaise image qui colle à la peau de leur pays à l’étranger. Beaucoup nous parlent de la politique et du gouvernement en place. On sent que certain on besoin de parler aux étrangers pour se délivrer de ce poids qui leur pèse. Jeunes et vieux nous confient leur tristesse et désemparement face au destin de l’Iran. Un routier ayant fait des études d’ingénieur mais ayant été coupé dans son avenir par le régime en place nous parle la voix pleine d’émotion de ce qu’il n’a pas pu réaliser dans sa vie et nous fait le signe des poings serrés et des barreaux de prison.
Nous sommes émus par ces témoignages et cette soif de parler et de connaitre notre monde à nous. C’est la première fois que l’on nous pose autant de questions sur la France et notre façon de vivre. Il faut dire que beaucoup d’iraniens parlent anglais, ce qui facilite la communication.
Nous partons demain pour le sud de l’Iran, direction Shiraz, en passant par les montagnes du Zagros pour profiter, on l’espère, d’un peu d’air frais.







































