MAROC : du 1er décembre au 26 décembre 2011

Après une grosse journée d’avion, nous arrivons à 3h du matin à l’aéroport de Casablanca. Grand soulagement en constatant que nos vélos et sacoches sont bien présents à l’arrivée malgré les deux escales.

1-Arrivée à Casablanca

Arrivée à Casablanca

3-Grande mosquée de Casanblanca

Grande mosquée de Casanblanca

Nous réalisons mal que nous avons vraiment quitté le continent asiatique où nous étions depuis un an. Nous voilà maintenant en Afrique à seulement quelques milliers de kilomètres de la France…

Le temps de remonter les vélos et le petit jour fait son apparition. Tout excités, nous ouvrons des yeux émerveillés sur les routes parfaitement bitumées, bordées de barrières de sécurité et peintes de belles lignes blanches au sol. Des voitures Peugeot et Renault en bon état, des feux qui fonctionnent, l’absence de klaxons dans les tympans, des voitures qui font de grands écarts pour nous doubler… Tout nous paraît propre et organisé après la frénésie indienne et népalaise.

Nous sommes hébergés par le warmshowers Thomas et Jamila, chez qui nous nous sentons tellement bien que nous restons quatre nuits au lieu des deux initialement prévues!
Jamila nous emmène dans les ruelles blanches du vieux Casa. Des arches encadrent chaque extrémité des petites rues où de massives portes de bois aux formes arrondies qui laissent parfois entrevoir des entrées ornées de mosaïques bleues au sol et sur les murs. La mosquée blanche dont le minaret carré est rehaussé de vert trône au centre de la place. De belles tuiles vert foncé surmontent les arcades qui entoure la place.

5-Viande de chameau Casanblanca

Viande de chameau Casanblanca

Puis nous partons vers le marché à viande où les boucheries s’alignent les unes à la suite des autres. D’énormes têtes de chameaux sont accrochées en devanture comme pour attirer le chaland. Nous achetons un kilo de viande puis deux pas plus loin nous la donnons au cuistot qui se charge de la griller. Elle nous est ensuite servie délicieusement à point accompagnée de quelques rondelles de tomates. Depuis 6 mois en terre hindou, la viande était quasi inexistante de notre alimentation mais nous l’avons bien compris; au Maroc c’est le contraire!

11- Sur la route de Marrakech 1ere acceuil!

Sur la route de Marrakech 1ere accueil!

Nous quittons Casablanca, impatients de reprendre enfin le vélo. Un grand merci à Thomas et Jamila qui nous ont introduit tout en douceur au Maroc.
La route est plate; les arbres inexistants; place à l’agriculture de masse! Les champs fraîchement labourés s’étalent à perte de vue; impossible de trouver un emplacement pour la tente. Une petite ferme perdue au milieu des cultures nous offre l’hébergement pour le nuit. La famille est nombreuse; frères; sœurs; grand père et petits enfants; belles sœurs et beau frère égyptien. L’ambiance est gaie. Une première collation est servie : thé et lait chaud sucré accompagnés de pain, d’œufs durs et d’huile d’olive. Nous sommes en pleine fête d’Ashora et alors les choses sérieuses commencent : le couscous du fils Camel. C’est le premier couscous que nous mangeons au Maroc; nous nous régalons et mangeons de bon cœur dans l’énorme plat commun. Puis, on nous annonce que maintenant c’est le tour du couscous de Mustapha. Ce n’est pas une blague; un deuxième énorme plat de couscous est apporté et chacun se remet à piocher dedans. Le ventre repu; nous devons encore faire honneur aux fruits (c’est pour la digestion!) puis recevoir chacun notre poche de friandises (dattes, figues, amandes, noix); c’est pour le plaisir! Nous renouons là avec l’accueil si généreux et porté sur la nourriture des musulmans.

26-Place Jemaa El Fna

Place Jemaa El Fna

Le lendemain matin, après de grandes embrassades, nous reprenons la route rectiligne qui nous mène à Marrakech. La ville, malgré son côté ultra touristique, est pleine de charmes : un souk immense qui s’étale en un labyrinthe de ruelles aux cavernes d’Ali Baba où les ânes et les mobylettes se côtoient. Le soleil créé une douceur sur les murs roses des habitations aux porches de bois. Happés par l’ambiance, nous débouchons sur la Place Jemaa el Fnaa au crépuscule. La place se réveille, s’anime, les dresseurs de singes et de cobras essaient d’attirer les badauds du son répétitif de leur flûte, des groupes de curieux se forment autour d’artistes de rue mimant des scènes à la Guignol ou dansent des danses folkloriques. Des stands de tajine et de couscous se dressent et éclairent la place de centaine de petites lumières.

Nous quittons Marrakech pour le Haut Atlas. Les montagnes se dessinent au loin tandis que la route s’élève petit à petit au milieu des oliviers et des orangers. Nous sommes hébergés par une gentille famille à dominante féminine : le mari en siège roulant est infirme depuis 5 ans; sa femme et sa fille travaillent désormais à la coopérative d’huile d’Argan toute proche. Quant à la cadette, elle a arrêté l’école pour s’occuper de son père durant la journée. Les 5 autres enfants sont mariés et travaillent dans les grandes villes marocaines.

La maman nous prépare un bon plat de riz au curry dans lequel tout le monde pioche à la cuillère. Le matin, nous aurons droit à des M’semen, sorte de grande crêpes imbibée d’huile d’olive, servies avec du lait sucré chaud. Nous nous régalons!

59-Haut Atlas

Haut Atlas

La route monte au col Tizin’ Tichka en suivant une rivière. Le paysage est aride aux tons beiges et la végétation est seulement présente le long du cours d’eau. Tâches jaune vif aux couleurs de l’automne. Des bergers mènent leur troupeau de moutons aux longs poils. Une fois le col passé, l’étendu se fait rouge – orange, les villages couleur terre se fondent dans les pentes des montagnes. Quelques cimes enneigées surplombent le spectacle. La descente nous mène à travers un large canyon rouge aux blocs de pierres impressionnants. Surmontés d’immenses falaises oranges toutes droit sorties d’un western. Nous entrons dans un large désert de pierres bordé sur notre gauche par les montagnes du Haut Atlas aux sommets enneigés. Nous évoluons sur des kilomètres et des kilomètres dans ce décors rouge – oranger entourés du ciel bleu vif.

53- La pause du matin, le the a la menthe!!

La pause du matin, le thé à la menthe!!

Nous croisons Marie et Yann, deux cyclos partis de France pour 11 mois. Un bon moment à partager et échanger « cyclo »!
Les campements au milieu du désert accentuent l’impression d’immensité : notre tente est seule sous la voûte étoilée. A El Kelai M’Gouna, 25 km après notre départ matinal à 7h30, nous nous arrêtons pour notre habituelle pause thé. 112Une petite théière nous est servie. Le rituel est le même : d’un long mouvement de bas en haut, le thé est servit dans un petit verre puis reversé dans la théière à deux reprises pour bien mélanger le sucre et enfin nous dégustons notre thé à la menthe. Nous faisons également nos provisions en prévision des montagnes. Pains ronds à la mie blanche vendus un peu partout, mandarines dans de petites charrettes alignées dans la rue principale et le souk couvert où l’on trouve légumes, dattes et olives rangées par couleur en énormes tas organisés.

Nous bifurquons dans la vallée des roses qui nous mène au cœur de l’Atlas. Les villages sont nombreux et chargés de stress pour nous : des groupes de gamins désœuvrés nous harcèlent pour recevoir stylo, dirhams et bonbons. Certain nous caillassent, d’autres nous font des gestes agressifs. Les adolescents se fichent de nous en arabe tandis que les adultes indifférents laissent tout faire. Ces mauvaises rencontres à répétition nous gâchent la progression. Enfin nous bifurquons sur une piste qui relie la vallée du Dadès.

Ici aucun village, seule l’immensité des montagnes aux formes arrondies.

96-Vallee des roses

Vallée des roses

La piste rouge ne se distingue pas du paysage. Genêts et plantes broussailleuses forment un tapis vert – gris sur les collines. La piste est difficile, nous sommes lents et le rythme haché. Nous profitons de la fin de journée et de ses couleurs orangées. Moment d’apaisement avant d’affronter à nouveau les villages et enfants de la vallée du Dadès très touristique.

106-Vallee du Dades

Vallée du Dades

Le contact avec les habitants est vraiment difficile : lors de la traversée des villages, les sourires sont rares et les « salam malekoum » légers. Les femmes berbères portent de longues robes aux couleurs flashies rose, mauve ou orange recouvertes d’un voile noir transparent. Leur yeux sont rehaussés de khôl noir. Les vieilles femmes arborent des tatouages à l’encre bleue sur le front et le menton. Les hommes portent la Djellaba, dont la capuche pointue réchauffe aux heures fraîches. Les gamins surexcités continuent de courir après nos vélos et de mendier un stylo ou des dirhams. Nous nous sentons mal à l’aise, incapables d’aborder les gens et de nouer des relations normales dénudées d’intérêt mercantile.

Un matin, tout part du mauvais pied. Dans un froid glacial, le café du matin avalé, nous sommes prêts à commencer notre journée à 7h30. Malchance, le pneu avant d’Aurélien est crevé! Après de laborieuses réparations, les mains gelées, nous démarrons pour s’arrêter 100 mètres plus loin : c’est au tour du pneu arrière d’Héloïse de faire des siennes! Nouvelle réparation et à 10h nous partons enfin… Pour nous perdre deux heures plus tard sur une mauvaise piste. La journée galère est enclenchée! Nous revenons sur nos pas pour emprunter la bonne piste qui monte vers le col Tizin’Ouno. Les lacets s’enchaînent et nous n’en voyons pas le bout. L’impression de grandeur s’accentue sous le ciel bleu vif. Tout est désertique; rouge et immense. Des groupes de jeunes filles coupent les pentes sur de minuscules sentiers pour mener leurs ânes chargés de broussailles. Au loin quelques bergers la tête entourée d’un long chèche conduisent leur troupeau de chèvres et de moutons dans la vallée.

119-col de Tizi N Ouano

col de Tizi N Ouano

La montée vers le col continue. Notre progression se ralentit sur la piste puis nous poussons dans une boue collante et enfin dans la neige. Les vélos s’embourbent et nous devons les nettoyer régulièrement pour repartir. Les crêtes apparaissent les unes après les autres, nous dévoilant à chaque fois un nouveau kilomètre à pousser. Après deux heures d’effort, nous ne faisons plus les fiers, nous sommes épuisés, les pieds trempés et les vélos boueux. La nuit ne va pas tarder à tomber lorsque nous croisons un homme à pied et seul qui redescend. Que fait-il là? Le prochain village est au moins à deux heures de marche… Son expression surprise montre qu’il se pose la même question à notre sujet. Il se montre pessimiste quand à notre situation, nous faisant comprendre que nous allons mourir si nous continuons! Mais têtus que nous sommes, nous voulons atteindre ce fichu col. Il nous apprend qu’il se trouve à 3 km de là. Remotivés, nous continuons à pousser dans la neige pour y arriver enfin à 17h, à temps pour le coucher du soleil. Nous sommes à 2.900m, la neige est partout et le vent nous glace. Nous abritons la tente sous les murs d’une habitation abandonnée, envahie par de grosse coulée de neige.

121-col de Tizi N Ouano

col de Tizi N Ouano

Nous sommes morts de fatigue, un peu inquiets à la vue de la neige accumulée sur le chemin qui nous attend demain mais heureux d’avoir atteint ce sacré col!
Aurélien se charge de faire fondre de la neige pour recharger quelques bouteilles en eau. Après notre ration de pâtes, nous voilà au lit. Nous attendons le soleil pour nous lancer à 8h. Et c’est partit les pieds dans la neige! Nous commençons fort avec trois coulée de neige verglacées qui nous obligent à tracer un « rail » au pied au préalable pour que le vélo ne glisse pas dans l’à-pic. Dans la plaine que nous traversons ensuite, la glace sur le sentier est un avantage car alors le vélo glisse et l’effort est moins pénible. Par endroits, la neige se brise sous nos pas ou se fait poudreuse. Il faut forcer, soulever le vélo, le pousser comme des forcenés pour le sortir et le faire avancer.

Nous sommes sur un plateau et nous élevons doucement vers un deuxième petit col. Parfois, la neige nous arrive à mi cuisse et le moral flanche. Mais où est donc cette fichue descente?! L’effort est mécanique, nous stoppons régulièrement, l’énergie nous manque; seule la beauté du paysage, le blanc immaculé qui répond au bleu du ciel nous remotive. Enfin un troisième et dernier col à pousser et nous voila devant une piste rouge et boueuse qui descend dans la vallée. De la boue et encore de la boue! Nous ne ressemblons plus à rien. Puis le chemin devient sec, nous enfourchons nos vélos et prenons de la vitesse, un vrai bonheur! Le paysage est lunaire, la terre rose, les cimes blanches. Les yeux s’imprègnent de cette beauté. Une heure plus tard, Agoudal et ses maisons de pisé est en vue!

113- Village

Village

Les villages de l’Atlas sont toujours de la couleur de la terre qui les entoure : beige, rose, rouge, marron selon les sols. Les murs des habitations rectangulaires sont un mélange de terre, de pierres et de paille. De grandes portes à double battant et souvent closes permettent d’y entrer. Les fenêtres ont des barreaux en fer forgé aux formes courbes. Dans tout les villages, le Kashba dominent les autres demeures. Petite forteresse de pisé, le Kashba est la maison des riches ou le centre administratif dans les villages. Des motifs berbères sont dessinés en creux dans les murs, des petites tours encadrent les murs dont les créneaux coniques émergent. La première impression qui se dégage des villages est le calme et l’absence de vie qui y règne. Les rues sont vides, seuls quelques habitants assis contre un mur prennent avantage du soleil. Au coin d’une demeure, on aperçoit un groupe de femme orienté au soleil qui travaille à un ouvrage ménager. Près d’un café, la vie se regroupe autour de tasses de thé, les vieux alignés sur un pan de murs commentent les allées et venues.

La route qui sort de l’Atlas est maintenant bitumée et surtout, elle descend! Nous profitons avec délectation des coups de pédales qui s’enchaînent sans effort au milieu d’immensités toujours aussi magnifiques. Nous suivons une rivière qui s’écoule lentement au milieu des montagnes de toutes formes; droites, obliques ou même à l’envers. Les couleurs tendent vers les marrons et beiges. La végétation se concentre le long de la rivière. C’est l’hiver, les arbres sont nus et gris tandis que la terre marron attend les prochaines semences. Les villages ont aménagé des terrasses sur les pentes des montagnes et mis en place un système d’irrigation par canaux pour faire cultiver des arbres fruitiers.

Pour la première fois, nous nous sentons plus décontractés dans nos relations avec les marocains. Les enfants sont plus calmes et ne nous demandent pas systématiquement quelque chose. Un papi à la voix caverneuse nous offre même le thé en bord de route. Au milieu de nul part, il bêche un petit lopin de terre, arraché au sol aride et caillouteux.

Pour sortir de l’Atlas, un dernier col à 1.900 m nous attend. Bien sûr les éléments ne sont pas avec nous, ce serait trop facile! L’ascension se fait sous la pluie avec un terrible vent de face. Nous nous serrons de près, nous passant le relais pour économiser de l’énergie. Tout en haut, l’éclaircie est là et nous dévoile un vue superbe sur le plateau entre le Haut et le Moyen Atlas. Le soleil couchant se reflète sur les nuages, lui donnant des tons bleus et jaunes.

147-En bord de route, on nous offre le thé et le pain

En bord de route, on nous offre le thé et le pain

Le temps maussade persiste le lendemain et finit par laisser place au soleil dans l’après midi. Ciel bleu pâle, morcelé de milliers de nuages vaporeux si bas qu’on croirait les toucher. Et autour de nous, le désert caillouteux, immense bordé du Moyen Atlas qui s’élève en replis roses où se dessine l’ombre des nuages. Le sol est tapissé d’une végétation rase et épineuse et de lavande verte. Nous croisons quelques groupes de chameaux et de chèvres qui s’en nourrissent.156

Nous fonçons dans ce désert, impatients d’arriver à Nador pour Noël. A raison de 100 km par jour nous y arrivons rapidement et trouvons un coquet petit hôtel pour y passer les fêtes. Nador n’a rien de touristique et cela fait du bien, surtout dans les relations avec les marocains. Comme toutes les villes du Maroc, Nador est organisée en rues parallèles et perpendiculaires. Le Muezzin de la Grande Mosquée blanche et bleue résonne 5 fois par jour et se remplit à chaque fois de fidèles. Autour, le marché couvert vend de tout, des vêtements aux légumes en passant par les olives, les épices, les ustensiles ménagers et les luminaires. De nombreux cafés aux terrasses alléchantes bordent les rues : l’ambiance est exclusivement masculine, les conversations se font autour d’un thé qui dure. Le matin, les « pâtisseries » installent un étal sur le trottoir et vendent des M’semen que l’on garnit de marmelade ou de vache qui rit. Le midi les restaurants de tajine et de poulets rôtis prennent le relais. Au coin des rues, des vendeurs de mandarines installent leurs charrettes remplies à ras bords. Les ânes, cravachés par leurs propriétaires foncent dans les larges boulevards au milieu des voitures et des « petits taxis » rouges.

Demain, nous prenons le Ferry à Meillila (enclave espagnole à 13km de Nador) pour entrer en Espagne par Almeria. Depuis 20 mois que nous avons quitté l’Europe, celle-ci fait un peu figure de grande inconnue pour nous…