du 23 Avril au 3 Mai 2011

Un coup de tampon sur notre passeport et nous voilà en Malaisie. Un petit col nous attend qui longe un parc national. La jungle est épaisse et nous apercevons même des singes noirs ébouriffés (que nous avions observés à Ko Tarutao). Malheureusement cet intermède nature sera la seul de notre traversée malaise.

La montée nous met en nage, nos corps ruissellent et sèment régulièrement des gouttes de sueur sur le bitume brûlant. Comme à l’habitude, nous devons assimiler rapidement une nouvelle langue et culture. Instinctivement nous parlons maladroitement dans la langue du pays précédent. Cependant nous constatons rapidement que la grande majorité des malais, jeunes ou vieux, parle anglais (occupation anglaise jusqu’en 1957).

La route est plate et nous amène de villages en villes. Nous observons silencieusement ce nouveau pays. Premier constat : le développement et la modernité de la Malaisie tranchent avec ses voisins asiatiques. Nous nous arrêtons stupéfaits devant un parcmètre à Alor Setar. Nous en avions presque oublié l’utilité!
Au alentours des villes, de grands lotissements à l’européenne aux villas identiques poussent comme des champignons. Portails électriques et garages privés sont de mise.

La chaleur, lourde et moite, ne nous quitte plus. Nous multiplions les pauses en bord de route pour nous désaltérer à coup de cafés glacés.

06.cafe glace desalterant

Au fur et à mesure de notre progression nous constatons l’étendue du multiculturalisme malais. Trois grandes cultures se mêlent et se côtoient au quotidien.
1) Les malais musulmans qui détiennent le pouvoir politique (60% de la population). L’islam est très modéré dans son interprétation. Les  femmes sont voilées mais n’hésitent pas à mettre leurs atouts en valeur : jeans et T-shirt moulants, talons aiguilles, sac à main tendance. Très présentes dans la vie sociale, elles conduisent (et le mari est assis à la place passager!), travaillent, étudient à l’université. Nous croisons de nombreux couples main dans la main ou tout simplement deux amis du sexe opposé qui prennent un verre ensemble (et pas seulement dans les villes). Cette décontraction dans les rapports hommes et femmes, que nous n’avions plus connu depuis notre sortie d’Europe nous plaît, sûrement car elle est plus proche de nos repères français…

2) Viennent ensuite les chinois qui représentent 25% de la population et qui détiennent véritablement le pouvoir économique. Les enseignes d’entreprises, de magasins, de bureaux sont en grande partie écrit en caractères chinois. Ayant émigrés pour échapper aux persécutions de l’ère Mao, ils sont malais depuis plusieurs générations. Contrairement aux chinois de Chine, ils sont très attaches aux religions bouddhistes, taoïstes et chrétiennes comme en témoignent les très nombreux temples et églises.

3) Enfin les indiens hindouistes (10%) et leurs nombreux temples bigarrés aux statues mi animal mi dieu.

Nous nous émerveillons de cette diversité. A chaque coin de rue les visages changent : teint doré et nez épaté pour les malais, peau claire et visages ronds des chinois, couleur presque noire, traits indo-européens et point rouge sur le front chez les hindous. Même variété du côté des styles vestimentaires : voile transparent couleur pastel chez les musulmanes, sarong à carreau des malais, mini-jupe et débardeur pour les chinoises, sari doré aux tons vifs des indiennes…

16.passant Melaka (1)16.passant Melaka15.visite de Melaka (3)

A ce melting pot s’ajoutent les Bengalis, Népalais, Birmans, Indonésiens, Vietnamiens etc. venus travailler quelques années dans cette Malaisie prospère. Les différentes langues fusent, mêlées d’anglais pour que tout le monde se comprenne.

Chaque communauté peut choisir d’envoyer ses enfants dans une école islamique ou chinoise, mais la majorité opte pour l’école publique qui rassemble tout le monde. Les frictions entre les communautés n’existent pas car il n’y a aucune volonté d’intégration ou d’assimilation à une culture dominante ni aucune peur de se retrouver en minorité par rapport à une autre communauté.

Heureusement que la diversité culturelle malaisienne nous occupe car la route reste monotone. Une longue ligne droite plate nous mène à travers des rizières qui se raréfient à mesure que nous nous approchons de la presqu’île de Penang.

Panneaux publicitaires, stations essences, magasins finissent par ne former qu’un seul et même paysage ininterrompu. Le trafic s’intensifie : rocade, béton et pollution sont notre lot de plaisir. Le soir, la densité des habitations nous empêche de trouver un coin de camping au calme. Mais nous découvrons bien vite l’accueil malaisien. Ces nombreuses rencontres seront la force de notre traversée de la Malaisie.

22.en arrivant sur Johor

05.famille pres Penang (1)17h, la nuit va tomber dans une heure. La première étape consiste à s’échapper de la route principale pour bifurquer sur une route secondaire qui mène aux villages environnants. Deuxième étape : où poser la tente? un cimetière chinois prend déjà beaucoup de place, la forêt semble bien dense… notre épicier hésite, les villageois finissent par s’attrouper, chacun ajoutant son grain de sel. Finalement une famille nous invite à planter la tente dans leur jardin. Les 4 enfants de 6 à 18 ans sont adorables, curieux de tout et déjà bien débrouillards en anglais. Le père est passionné de musique. Il collectionne et restaure de nombreux instruments traditionnels mais également d’autre pays. Il se lance avec Aurélien dans une petite session musicale au Yukulélé. La mère reste pour sa part cantonnée dans la cuisine…
La soirée se prolonge tard, enjouée, au rythme des différents instruments qui passent de main en main.

Le lendemain matin, avant le lever du soleil, nous prenons le petit déjeuner en famille. Le père part au travail après une bénédiction générale aux membres de la famille, tous lui baisant les mains à tour de rôle (ainsi que sa femme). Les enfants en uniforme scolaire s’éloignent dans la nuit en direction de leurs écoles respectives. Avant de nous quitter, le père a généreusement remis à Aurélien un saxo bambou de sa confection. Ému, Auré le remercie chaleureusement.

12.restaurant malaisienNous retournons à notre route ennuyeuse et bondée. Les pauses déjeuner se font dans de petits restaurants en bord de route. Le principe est simple : la serveuse nous remplit une assiette de riz puis nous nous dirigeons vers les plats déjà cuisinés, alignés sur un présentoir, pour y piocher selon nos envies. Une fois assis, la serveuse vient vérifier ce que nous avons pris pour le paiement ultérieur. Les malais accompagnent toujours leur repas d’une grande boisson fraîche :  jus/thé/café ou lait glacé.

En fin de journée nous bifurquons enfin sur une route secondaire qui nous amène à travers les palmeraies. L’échelle n’est plus la même qu’en Thaïlande, les plantations immenses s’étalent à perte de vue. Un 4×4 nous dépasse, un homme en sort , treillis militaire, bandana autour du cou, la petite quarantaine, il nous invite à venir dormir au milieu de sa plantation.
Docteur Chang est ingénieur agronome et travaille à l’amélioration des rendements des palmeraies. Nous  nous apercevons assez vite qu’il ne perçoit pas la réalité de la même façon que nous. Pour lui, tout est aventure, dormir dans une palmeraie est dangereux, inquiétant. Ancien militaire, il nous affirme avoir été fait prisonnier par les Khmer rouges, avoir survécu des semaines seul dans la jungle, avoir été interné dans un hôpital psychiatrique,  avoir traversé la Russie en vélo, avoir gravit le Mont Blanc, etc… Nous ne savons plus très bien démêler le vrai du faux. Selon lui nous sommes déshydratés (« desydratation, you don’t feel it but you miss water » après examen des pupilles d’Héloïse…), nous évoluons dans un milieu hostile (nous on aime bien pourtant la Malaisie), les tribus indigènes ne sont pas loin dans la jungle (il les appelle avec un pipeau de bambou…). Avant d’aller au camps de la plantation nous le suivons dans le village voisin pour y faire des provisions de nourriture et d’eau. Notre docteur nous met en garde contre la population : parler avec les autochtones (il est singapourien) demande un long travail de préparation du fait de leur rusticité et méfiance (ah bon nous nous avons été toujours très bien accueillis!). Nous devons répéter comme des perroquets que nous travaillons pour son entreprise et ainsi endormir leur méfiance…

08.campement dans palmeraie (3)07.docteur Chang ingenieur plameraie

Finalement, il nous ramène au camps de la plantation et nous quitte sur ces paroles réconfortantes « my name is darkness…. » Ok Doc Chang! Nous posons notre tente sous la bâche de camouflage et admirons les lucioles qui voguent comme ivres entre les palmiers. Au petit matin, aucune attaque de sanglier, ni de tribu indigène à signaler! Nous repartons sur notre route toujours aussi plate et droite.

15.visite de Melaka (5)Nous arrivons à Melaka et y stoppons deux jours. Ancien comptoir maritime, ce port fut successivement colonisé par les portugais, les hollandais puis les britanniques. Le centre historique est bien conservé et teinté d’architecture coloniale. Sur une place ornée d’une fontaine baroque, une belle église rouge ocre , des maisons aux avancées de bois, un mince canal le long duquel s’alignent des terrasses de café. Le quartier chinois, cœur de la cité, s’organise en petites ruelles ornées de lampions rouges et limitées par de grandes arches colorées imprimées de caractères chinois. Dans les rues, mosquées où résonnent l’appel du muezzin, temples hindous au tintement de clochettes et les temples bouddhistes d’où s’échappent de l’encens sont voisins. L’harmonie religieuse est une réalité paisible.

Nous avalons littéralement les kilomètres, la route rectiligne ne nous résiste pas. Un soir nous sommes invités par un cinquantenaire à camper dans sa villa en construction. Ayat est fier de sa nouvelle maison. Attaché aux valeurs familiales, il espère que ses enfants viendront habiter dans la demeure familiale. Malheureusement, les enfants, d’un génération plus moderne, aspirent à plus d’indépendance et pour le moment la bâtisse reste vide. Ayat s’active, nous sort matelas et oreillers, balaie la pièce, nous prépare du café et finit enfin par s’attabler avec nous. La discussion se prolonge tard le soir.

Nous le retrouvons le lendemain matin devant son magasin et rencontrons Talib, son frère, avec qui nous sympathisons immédiatement. Nous laissons filer le temps en leur compagnie et décidons d’aller faire de petites réparations sur nos vélos dans un magasin de leur connaissance. Nous partons enfin vers13 heure après un déjeuner copieux offert par Talib. Un très belle rencontre encore une fois.

20.camping de luxe chez nos hotes et amis20.camping de luxe chez nos hotes et amis (6)

Impatients d’arriver à Johor Baru, nous enlevons 105 kilomètres en un après-midi! Arrivés au terminal des ferry, nous réalisons qu’il nous faut partir rapidement à Batam (île Indonésienne en face de Singapour) pour y prendre l’unique ferry de la semaine qui relie Batam à Jakarta (car le frère d’Aurélien y arrive le 6 mai).

Talib, qui travaille à Johor, vient nous dire un dernier au-revoir au terminal, les mains chargées de deux énormes cappuccinos glacés… Nous sommes vraiment touchés et espérons vraiment le revoir lors de notre retour en Malaisie en Juin.

A 15 h nous embraquons en direction de Batam, impatients de retrouver Anaël à Jakarata.