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Coopérative ROCA (Ouzbékistan – août 2010)

IMG_3792L’histoire de cette coopérative est avant tout celle de sa directrice et fondatrice Yulduz. Son parcours peu commun en tant que femme ouzbek invite les auditeurs que nous sommes à tendre une oreille attentive. Et ce n’est pas très difficile car Yulduz est un tourbillon d’énergie qui nous conte sans cesse dans un français ouzbekisé son histoire et celle des brodeuses.

Née dans une famille aisée pendant l’époque soviétique, Yulduz a eu l’opportunité de faire des études de français à Tachkent et de partir un an à Moscou. Très tôt, elle a eu le désir d’aider les femmes les plus vulnérables en leur donnant l’opportunité de travailler pour elle. L’idée d’utiliser leurs compétences traditionnelles de brodeuse lui est venue. Il lui a alors fallut prospecter dans les villages alentours pour convaincre les femmes de travailler pour elle, leur expliquer son idée. Et cela n’a pas été facile. Au début, seulement une dizaine, puis une trentaine de femme l’ont rejoint.

Traditionnellement, les femmes ouzbeks apprennent la broderie dès leur plus jeune âge par leur mère et leur grand-mère. Elles brodent de grandes tentures aux couleurs vives appelées suzanni, des vêtements ou du linge. Cela constitue ainsi la dote des filles. Les broderies sont ensuite rangées dans un grand coffre et ne sont sorties que pour les grandes occasions comme les mariages.

IMG_3660L’idée de faire des broderies dans le but de vendre celles-ci sur le marché ou à des touristes était donc assez inconnue pour toutes ces femmes. Pourtant, assez vite, les ventes se font bien et Yulduz voit ainsi arriver de plus en plus de femmes désirant travailler pour elle. En effet, elle offre une paie équitable qui permet aux femmes de participer financièrement à la vie du ménage. Bientôt, près de 300 femmes travaillent pour la coopérative. Seules trente sont présentes dans la fabrique, principalement des brodeuses sur machine ainsi que la couturière. Le reste des femmes travaillent chez elles pendant leur “temps libre” une fois qu’elles ont finis les tâches ménagères et activités agricoles.

Yulduz paient les femmes à la pièce. Au commencement, les brodeuses comprenant l’intérêt financier de la chose préféraient broder beaucoup de pièces en très peu de temps pour tenter d’avoir le maximum de revenu dans le mois. La qualité des produits s’en est vite ressentie. Yulduz a donc décidé de payer un supplément pour les brodeuses ayant mis beaucoup de temps pour faire une pièce de qualité. Plus précisément, elle paye en fonction de trois niveaux de qualité : bas ; moyen ; bon. IMG_3635D’autre part, elle a organisé des séminaires et des cours de borderie pour tenter de faire comprendre aux femmes la beauté de leur art, l’importance de prendre son temps et de soigner le travail et la valeur traditionnelle des produits fabriqués. Ainsi, les femmes ont finit par se dire “finalement ce suzanna est beau, je ne veux plus le donner à vendre, je le garderais bien chez moi…”.
Yulduz veut que ces femmes soient fières de leur art et de leur culture. Elle nous explique que le déclic lui est venu en France, lorsque, étudiante, elle devait interviewer des commerçants pour s’exercer en français. Une commerçante lui décrivit avec amour sa ville de Montpellier, ses ponts, son architecture, ses particularités… Yulduz réalisa alors combien il était important d’être fière de ses origines, de ses racines et de son histoire. Pendant la période soviétique, les Ouzbeks n’ont aspiré qu’à ressembler aux russes, ils ont adopté leur langue, leur art et une partie de leur mode de vie. La broderie est un art très ancien en Ouzbékistan, qui, de part les motifs et les couleurs, représente la culture ouzbek. Impliquer ainsi des femmes dans le travail de la coopérative et valoriser leurs œuvres lui a semblé un point essentiel dans la redécouverte de leur histoire commune et pour la pérennisation d’une tradition qui se perdait.

IMG_3683Les femmes employées par la coopérative sont majoritairement des femmes âgées ou des jeunes filles non mariées. Leur revenu créé par la vente des broderies permet améliorer le niveau de vie de ces familles dont le mari/père est décédé ou travaille en Russie. Du fait du nombre important de femmes à gérer, dans chaque village une femme est désignée par Yulduz comme étant la responsable du groupe de brodeuses. C’est elle qui repartit le travail entre les femmes, vérifie la qualité des produits et remet les pièces à Yulduz.

IMG_3677Le bas niveau de développement de Ouzbékistan et la désorganisation des structures institutionnelles du pays obligent Yulduz à se battre contre la lenteur administrative, le manque de matières premières de qualité, l’absence d’ONG efficaces (elles ont été mises à la porte par le président suite à la contestation du massacre d’Andijan par les instances internationales), la faiblesse des moyens de communication (internet est quasiment inutilisable à Sahrisabz). Le plus difficile pour la coopérative reste de trouver des débouchés stables et réguliers. IMG_3643Les commandes sont irrégulières et souvent ce sont de grosses commandes ponctuelles de “mécènes” occidentaux qui permettent de renflouer la coopérative. Un autre marché pour la coopérative est celui des bazars touristiques de Samarcand et Bukhara. Yulduz vend alors ses produits à bas prix à des magasins qui les revendent sur les bazars touristiques à très hauts prix. Le prix final n’est pas équitable pour les bordeuses. En outre, l’achat des touristes est complètement déconnecté de son artisan, car les magasins de Samarcand et Bukhara coupent les étiquettes portant le nom de la coopérative Roca de Yulduz. Il est impossible de savoir à quel endroit et par qui le produit a été fait.

L’autre grand défi de la coopérative est d’adapter ses produits à la demande européenne. Une étude de marché sur les goûts et les particularités des potentiels consommateurs devrait être faite. Mais Yulduz ne dispose pour l’instant pas des moyens pour réaliser une telle prospection.

Cela n’empêche pas Yulduz de fourmiller d’idées et de projets d’agrandissement pour sa coopérative et ses brodeuses!

Contact : contact : Yulduz Mamadiyorova – (+998 ) (8375) 529 39 67 ou (+998 ) 7980329 ou (+998 ) 755 227 390 -yulduz1967@mail.ru