L’entrée en Asie Centrale : du 23 juillet au 9 août
A notre entrée en Ouzbékistan, nous sommes accueillis par notre ami le vent qui ne faiblit pas. A notre plus grande joie, la terre devient brutalement fertile, nous évoluons au milieu de grandes allées boisées. En fin d’après midi, nous nous posons dans un restaurant bar et ne le quitterons plus jusqu’au lendemain matin, entraînés par l’énergique équipe d’employés. Âgés de 17 à 23 ans, ils s’activent en tout sens . Épluchage des oignons qui finissent par former un tas impressionnant, épiautage de la viande, fabrication du pain et cuisson dans le four à pain traditionnel tandoori, préparation des soupes et raviolis au mouton, nettoyage des locaux, etc… Nous semons d’ailleurs le désordre en sortant l’appareil photo : c’est la ruée, tout le monde veut apparaître sur la photo, ça se chamaille, ça rigole, les photos fusent. Nous devons calmer le jeu! Nous finissons la soirée par un bon repas autour de tasses de vodka qui, toujours selon le même principe, s’enchaînent avec régularité entre deux bouchée avalées. La nuit n’en est que meilleure!
La route qui mène à Bukhara est bordée de champs de coton à perte de vue. Nous traversons également de nombreux aryks. Ce sont des ravins d’irrigation parfois très anciens permettant l’activité agricole en Ouzbékistan. Sans eux, le pays resterait largement infertile.
Nous arrivons à Bukhara sans idées préconçues sur la ville et sur la route de l’hôtel nous pénétrons avec émerveillement dans le centre historique, véritable cascade de dômes bleus et verts. La ville est incroyablement bien conservée et restaurée, faisant étalage d’une profusion de mosquées, medressées et minarets aux magnifiques mosaïques. Malheureusement, la ville vit exclusivement du tourisme et elle semble vide de toute vie et animation locale. Une ville musée à l’architecture exceptionnelle, mais occupée en majorité par les marchands de souvenirs et les restaurants touristiques.
L’Ouzbékistan est finalement une destination touristique et très prisée des français. De ce fait, de nombreux Uzbeks parlent un français impeccable et les enfants ne nous accueillent plus avec le traditionnel « hello, hello », remplacé par un tonique « bonjour, bonjour! ».
Nous repartons de Bukhara en empruntant de petites routes agréables qui passent à travers les

champs de coton et les fermes agricoles. Celles-ci sont collectives : formées de 4 ailes carrées, elles sont closes par une grande et large porte souvent peinte en bleu. A l’intérieur, plusieurs familles habitent les différentes ailes, tandis qu’en son centre est cultivé un potager où poussent tomates, carottes, herbes aromatiques, etc… Le fond du jardin est réservé aux bêtes : vaches, moutons, poules. De grands arbres sont également plantés dans la cour intérieur et leur ombre généreuse profite aux tapcha (« lits à thé »), meuble indispensable à toute maison ouzbek.
Celui-ci consiste en un lit en estrade en bois (pour les plus beaux) ou en fer de forme carrée et recouvert de tapis. On y dispose des matelas et gros coussins en U pour pouvoir ainsi déposer au centre un nappe (ou une petite table basse dans les restaurants) afin de prendre les repas. Le lit à thé sert également à dormir, à prendre le thé, à éplucher les légumes, etc…
Rouler en Ouzbékistan est très agréable car la circulation y est très faible. Les Ouzbeks n’ont pas les moyens de se payer une voiture et se déplacent soit dans des mini van japonais qui desservent tout les villages, soit dans des voitures privées. Celles-ci font office de taxis collectifs et elles rentabilisent leur déplacement en entassant leurs clients sur le moindre trajet. Le vélo est également un moyen de transport prisé. Finit les mobylettes bruyantes de la Turquie ou de l’Iran, nous doublons maintenant des cyclistes perchés sur leur grands vélos à large roues et sans vitesses. Les enfants doivent se livrer à de véritables exercices d’équilibriste pour arriver à tenir en selle. Les pédales, trop basses pour leurs petites jambes, ne les empêchent pourtant pas de porter avec succès un copain sur le cadre.
Le dernier moyen de transport incontournable est l’âne. Au milieu de la route, tirant une charrette remplie de melons et pastèques ou de fourrage, les petits entêtés font entendre leur « hihan » avec force intonations. Nous sommes en pleines vacances scolaires et les enfants sont réquisitionnés pour vendre les melons en bord de route ou garder les troupeaux perchés sur leur âne.
Nous croisons également d’anciens cars français qui bénéficient d’une seconde vie en Ouzbékistan. Nous nous amusons de croiser « tourisme bordelais », « les médocains en route », « Poulignac voyages », « Pont Saint Esprit Tours », etc… Cela nous distrait de ce perpétuel vent de face qui n’en finit pas de nous ralentir. Cela devient encore plus insupportable lorsque nous entamons une petite partie montagneuse et désertique (Ah non, encore du désert!!). Finalement, le lendemain, après une bifurcation vers l’est qui nous fait longer le lac de Tuzhan, le vent cesse comme par enchantement.
La vue sur le lac 25 km en contrebas est belle. D’un côté les montagnes arides et orangées, de l’autre l’immense lac turquoise et nous au milieu sur notre ligne droite désertique!
Les villages sont rares contrairement aux énormes troupeaux de moutons/chèvres et de vaches de 200 à 300 têtes qui, rarement encadrés par un berger, errent librement dans ce paysage désertique. De quoi se nourrissent – elles? Il y a seulement de petits buissons marrons ras et brûlés par le soleil et un fin tapis végétal peu nourrissant au sol. Les vaches sont très maigres et le soir au coucher du soleil nous les voyons rentrer docilement à l’étable, au ralenti, comme dans un état second.
Lors d’une pause midi, nous sommes accueillis par un Ouzbek qui nous semble plutôt sympathique, mais qui s’avère vite être complètement dérangé : il passe son temps à câliner Aurélien à grands renforts d’enlacements et d’accolades, à baiser les mains d’Héloïse, il parle en chuchotant puis soudain s’adresse à nous comme si nous étions sourds, augmentant le volume des clips passant à la TV il se met à danser… puis finit par tenter de nous obliger à boire de la vodka. « Chut chut » (un petit peu), dit-il, alors qu’il en est déjà à son troisième verre. Nous levons le camps sans tarder et finissons notre déjeuner dans une étable abandonnée!
Généralement les Ouzbeks sont très accueillants et nous nous faisons inviter sans problèmes dans les familles ou par les relais restaurants de bord de route. Notre vrai plaisir est alors de dormir sur un tapchan, au chaud sous les couvertures et les yeux ouverts sur le ciel étoilé.
Après 300 km, nous quittons enfin le désert et repartons à travers les champs de coton sur nos belles routes boisées. A chaque centaine de mètres des vendeurs de melons et de pastèques essaient d’attirer notre attention et ce n’est pas trop difficile vu la prédilection d’Aurélien pour le melon. Nos vélos s’alourdissent régulièrement d’un ou deux melons qui finissent par être la base de nos repas. Accompagnés de pain c’est un vrai délice. En effet, le pain Ouzbek vaut bien notre baguette française. De la forme d’une épaisse galette, il est cuit sur les parois du four traditionnel tandoori et orné de motifs en son centre à l’aide d’un sceau spécifique à chaque famille/boulanger. Nous ne nous en lassons pas!
Nous arrivons à Tachkent pour y faire nos visas Kirghize et Chinois. Une fois les démarches lancées, nous avons 5 jours à attendre avant de les récupérer. Heureusement la ville est très agréable, nous nous y sentons tout de suite bien. Construite sur le modèle soviétique, elle s’organise autour de larges boulevards, de grandes places encadrées d’immenses bâtiments, de nombreux parcs impeccablement entretenus. Les superlatifs ne sont pas suffisants, car ici tout est grand et immense! L’avantage de la ville est sa végétation omniprésente : toutes les rues bénéficient de l’ombre de grands peupliers et de la fraîcheur des pelouses généreusement arrosées.
La ville est très propre, partout des employées enturbannées jusqu’aux yeux pour se protéger de la poussière, nettoient, balaient, taillent et récurent même les interstices entre les pavés.
Le métro est un vrai témoignage de l’air soviétique. En y pénétrant et en descendant les escalators vieillots en bas desquels une gardienne dans un petite cabine au gros téléphone inutile s’ennuie, on a vraiment l’impression de revenir 50 ans en arrière.
Construites dans les années 70 les stations sont toutes différentes les unes des autres : les quais sont très larges et longs, les plafonds tout en hauteur, d’immenses colonnes en marbre, en bronze, en verre ou en granit encadrent l’allée, sur les parois des mosaïques ou représentation de personnage illustres ou d’œuvres artistiques dans le style soviétique. Ça donne quelque chose de souvent très sombre et torturé. D’autres, au contraire, sont éclairées par d’imposants lustres au cristal étincelant.
Nous avons même le temps de visiter le musée de l’Histoire de l’Ouzbékistan. Très intéressant par ailleurs, si ce n’est le troisième étage consacré à l’actuel président Karimov : véritable propagande qui tourne au ridicule tant celle-ci est grossière.
A l’opposé de la quiétude de la ville moderne, nous avons trouvé un peu d’animation au bazar de la vieille ville. Surmonté d’un imposant dôme bleu, il est la lieu d’une effervescence continuelle. Nous déambulons au milieu des étalages de fruits et légumes, puis nous régalons des stands colorés à épices. Dans la partie dédiée au pain et aux confiseries, nous croisons aussi des stands de sucres ; gros morceaux de cristal que l’on casse à coup de marteau. Dans le bazar extérieur, de petits marchands informels fleurissent ici et là. Installée sur un tabouret, une grosse vendeuse a disposé quelques broutilles devant elle : savons, piles, bonbons… D’autres, ayant reconverti de vieilles poussettes en charriots marchands, vendent des beignets de mouton et d’oignon frits. Plus loin, un vieux monsieur aux grosses lunettes carrées s’étant fait une visière contre le soleil d’un papier journal, vend des paquet de mouchoirs.
Les marchands attendent le client en croquant inlassablement des pipas dont ils recrachent habilement la coquille. D’autres comptent leurs liasses de billets avec dextérité et rapidité (1 euros équivaut à 2.700 sum, ça fait vite des gros tas de billets!). Un secteur du bazar est dédié à la quincaillerie, un autre à l’habillement et entre deux de petits restaurants où grillent des brochettes de mouton de sur des braseros.
Tachkent est finalement une ville très occidentale. En plein Asie centrale, nous nous sentons comme dans une grande capitale européenne : grands supermarchés à tous les coins de rue, filles habillées en minijupes, ados à la dernière mode…
Une fois nos visas en poche, nous quittons la capitale pour une étape à Samarcande avant d’aller rejoindre l’ONG de Yemeldova qui emploi des femmes pour la fabrication de produits artisanaux en coton.














