Notre dernier jour en Iran aura été des plus épique et participe malheureusement à renforcer notre opinion négative sur le pays…

Premier acte :

Nous nous arrêtons dans un petit village pour y faire notre traditionnelle pause zam zam cola. Comme nous l’avons fait des centaines de fois, nous laissons les vélos devant l’épicerie. Sauf que cette fois ci, le temps que nous fassions nos achats, les lunettes d’Aurélien disparaissent. Aurélien s’énerve et prévient que si dans 5 minutes les lunettes ne sont pas revenues, il appelle la police. Aucune réaction en face, les adultes et les grands frères sensés prendre les choses en main restent passifs, pas loin de l’indifférence. Comme personne ne bouge, nous demandons un téléphone pour appeler la police, bien sûr personne n’en a. Lorsqu’après 20 minutes nous en trouvons un, il n’a plus de forfait, puis c’est le numéro de la police qui est introuvable, bref personne ne met de la bonne volonté. Nous nous énervons franchement et mettons la pression sur l’épicier qui nous semble louche en l’accusant personnellement de complicité. Et ça fonctionne! Quelques minutes après, il revient donner les lunettes à Aurélien en osant nous dire que c’est un enfant qui les a volé! Aucune excuse de leur part… Nous repartons en vociférant sous leur regard morne tâché d’aucun remord ni d’aucune honte…

Ce n’est pas tant le vol qui nous a choqué, car cela aurait pu arriver dans n’importe quel pays, mais plutôt le manque total de réaction des villageois présents, leur irrespect et leur absence de fierté.

Nous nous défoulons de la tension accumulée en appuyant rageusement sur les pédales.

Acte 2 :

Quelques heures plus tard, en arrivant à Sarrakhs, la ville frontalière avec le Turkménistan, nous sommes stoppés par une voiture. Un iranien quinquagénaire nous invite à venir dormir chez lui. Nous acceptons et nous retrouvons à attendre on ne sait quoi dans son bureau (il vend des vélos). A notre surprise, il a contacté la télévision locale afin que nous donnions un interview. Un peu fatigués car il est déjà 19h et que nous avons roulé 115 km, nous acceptons cependant de nous prêter au jeu. Et c’en est véritablement un, une vraie mascarade : le reporter est un parfait imbécile qui n’écoute rien à ce qu’on lui dit et nous coupe en permanence la parole, il nous fait comprendre tout de suite qu’il va falloir dire exclusivement ce qu’il veut entendre. Nous lui faisons part de notre avis mitigé sur l’Iran et des problèmes que nous avons rencontré, mais il nous oblige à nous enthousiasmer sur le pays, les iraniens et leur accueil phénoménal, hum hum… Bonnes poires, nous voilà cependant enfourchant nos vélos à faire des allers et retours sur le boulevard en suivant notre « hôte » qui du coup se fait un bon coup de pub au passage. Puis vient l’interview au milieu du boulevard sur un carré d’herbe autour d’une petite foule qui s’agrandit de plus en plus. Malgré le briefing du début, nous avons du mal à être très enthousiastes et à vanter les mérites de l’Iran… D’autant plus lorsqu’il en vient à nous demander les leçons et valeurs que nous avons tiré de notre séjour en Iran et qui pourraient être appliquées en France (en gros nous avons beaucoup à apprendre de l’Iran et de sa merveilleuse organisation sociale et politique…). Le reporter s’adresse exclusivement à Aurélien et ne fait parler Héloïse que pour qu’elle se présente « le prénom c’est suffisant, rien de plus… » (Hélo a dû revêtir un manteau long noir, plus règlementaire, et serrer bien à fond le foulard). L’interview ne nous fait plus rire du tout, la foule commence à s’agrandir et ils ne la contiennent pas du tout (encore une fois, ils n’ont aucune autorité sur les jeunes qui les narguent et doivent appeler la police pour remettre de l’ordre).

Après une heure de tournage, nous sommes fatigués, il fait déjà nuit et notre « hôte » nous apprend que ce n’est finalement pas possible de dormir chez lui. Il nous a bien roulé, nous embarquant dans cette pagaille pour s’assurer un bon coup de pub. Son intérêt personnel assouvit, il nous lâche sans aucun remord.

La fatigue aidant, nous commençons à être agressifs et les pressons de nous trouver une solution. Apparemment, celle-ci pourrait venir de la police que nous acceptons de suivre jusqu’au commissariat. En route, le reporter nous demande de nous filmer en train de rouler vers le poste. Nous refusons net; agacés de leur comportement.  Mais qu’à cela ne tienne, il s’arrête quelques centaines de mètres plus loin et nous filme tranquillement.  Une fois de plus, il nous prend pour de simples pions. Nous sommes sidérés et le traitons de crétin à travers sa vitre, mais rien n’y fait, il garde son sourire imbécile sur les lèvres. Arrivés au commissariat, nous comprenons que nous sommes également indésirables ici. La solution « idéale », « parfaite de naturelle » qui nous est proposée est de camper sur le rond point en face de la police. Nous éclatons et leur faisons comprendre que s’ils ne veulent pas nous voir dormir ici ils n’ont qu’à nous payer un hôtel. Un peu étonnés de notre emportement, ils acceptent. Toujours flanqués de notre reporter imbécile et de notre « hôte imaginaire », nous arrivons à l’hôtel où le reporter ose nous demander de filmer notre carte de parcours. Aurélien ne se contrôle plus et lui fonce dessus, et à quelques centimètres de son visage lui balance tout ce qui lui passe par la tête. Ce n’est qu’une fois que nous avons le dos tourné que le reporter plein de courage nous balance un faible « shut up ». Illico presto nous redescendons les marches, mais il se réfugie dans sa voiture et s’en va. Cependant sa bassesse ne s’arrête pas là, car il appelle la police, prétextant que nous avons pris des vidéos de la ville (c’est un point sensible en Iran, les touristes doivent faire très attention à ce qu’ils filment et prennent en photos, cf : Clothilde Reiss). Un inspecteur au regard mauvais vient vérifier les photos de notre appareil et nous ordonne de ne pas quitter l’hôtel avant 8h le lendemain matin. Un peu stressés, nous allons dépublier de notre blog les articles que nous avons écris sur l’Iran, on ne sait jamais… Finalement rien ne se passera, mais le lendemain nous n’aurons qu’une envie : quitter le pays au plus vite!

Bien sûr cette dernière journée est un condensé de malchance, mais qui a réunit un bon nombre des comportements mauvais que nous avons rencontrés en Iran : lâcheté, passivité, irrespect, intéressement, non écoute de l’autre… Pourtant nous avons rencontré de nombreux autres voyageurs qui ont adoré leur séjour en Iran. Nous précisons donc que cela est notre expérience strictement personnelle et ne peut être généralisée à tout les iraniens.

Transit via le Turkménistan du 19 juin au 23 juin

Les passages de frontières apportent tous leur lot de formalités et nous n’y échappons pas : passage de chacune des sacoches au rayon X, formulaire de déclaration des biens et devises, premier tampon, deuxième tampon, etc… Finalement, après 1h30 nous foulons enfin le sol turkmène. Nous ne pouvons réprimer un cri de joie : d’avoir enfin quitté l’Iran, d’entrer en Asie après 5 mois de voyage, de pouvoir enlever le foulard … Bref nous sommes heureux.

Après un no man’s land de quelques km nous arrivons à notre première ville turkmène. Un gamin amène Aurélien changer quelques dollars au bazar, puis nous nous posons sur la place du marché, animée par les femmes toutes en couleur qui vendent fruits et légumes. IMG_3077 Nous papotons avec un groupe qui s’est formé autour de nous, mangeons notre première soupe au mouton et faisons nos emplettes sur le marché. Nous nous sentons bien, les  turkmènes sont très souriants et rigolards, sans être trop oppressants, personne ne nous dévisage comme un bête curieuse (pourtant les touristIMG_3075es ne sont pas légion ici). Du coup, le temps passe et nous devons envisager la suite de notre transit : nous n’avons que 5 jours de visa et 550 km à couvrir. Nous avons déjà perdu une 1/2  journée et décidons donc de prendre un train jusqu’à Mary (200 km plus au nord) et avoir ainsi plus le temps de profiter du pays. Dans le train, Auré est embarqué pour une partie de carte animée dans le compartiment voisin : il n’a pas compris grand chose aux règles du jeu, mais apparemment ça n’était pas très important!

Le lendemain, après une nuit à Mary, nous reprenons la route à travers les immenses champs de coton. Sur les bords de grandes fermes collectives entourées de nombreux arbres, des cyclistes se rendant au travail, des vaches qui broutent et les multiples affiches de propagande vantant les mérites de l’économie turkmène.  La végétation est très dense, alimentée en eau par les nombreux canaux qui parsèment le territoire. Nous croisons également le large Karakoum, canal dans lequel des enfants se baignent à grands coups de plongeons. IMG_3100IMG_3103

Puis brusquement la végétation se fait rare et nous entrons dans le Karakoum désert. Un vent de face se lève et ne nous quittera plus jusqu’à la fin des 5 jours.  Très tôt le matin, il accompagne nos premiers coups de pédales et s’intensifie au fur et à mesure de la journée pour devenir insupportable en fin d’après midi. Nous sommes bloqués à 12 km/h, parfois moins, alors que nous pourrions rouler entre 21 et 23 km/h. La tête dans le guidon, forçant sur les pédales, nous luttons contre ce satané vent, sans un moment de répit. Heureusement, le désert est beau! Sableux, parsemé de petites dunes et tâché de buissons épineux et verts, il est plein de vie : gros lézards, petits rongeurs joueurs, fennec, dromadaires et oiseaux sont visibles un peu partout.

Dans les rares villages croisés, nous nous précipitons dans les « restaurants/haltes routières » pour recharger nos gourdes en eau et boire notre coca cola frais. C’est toujours l’occasion de discuter avec les turkmènes qui sont d’une grande gentillesse. Nous rencontrons ainsi Amed, qui tient un petit relais fait de bric et de broc. IMG_3145Nous y passerons une soirée ressourçante avec lui, autour d’un bon repas et de quelques petits verres de vodka (ici on la boit dans de petit verre à shooter, après chaque verre on mange vite un morceau, puis on se ressert et ainsi de suite). Nous nous sentons détendus et nous libérons de la pression iranienne.

Nous nous en détachons encore plus en arrivant à Turkmenabat : on y voit des bars, des boîtes de nuit, des casinos, on entend de la musique dans la rue, les femmes portent robes courtes et décolletées (ça nous a fait bizarre au début, après 3 mois dans des pays musulmans pratiquants).

Turkmenbachi

La ville a gardé son air soviétique, teinte de la mégalomanie de son ex dirigeant Niazov (ancien responsable du PC pendant l’ère soviétique, il devint le président de la nouvelle  République du Turkménistan. Ayant pris la grosse tête, il s’est auto proclamé Turkmenbachi, le petit père des Turkmènes, a fait construire des immenses statues en or à son effigie et a même écrit un livre réécrivant l’histoire du pays qui doit être lu par tous les turkmènes…) : énormes boulevards à quatre voies où trois voitures circulent, rues et avenues construites selon un schéma perpendiculaire/parallèle, immenses carrés de barres à 3 ou 4 étages où pointent les paraboles et linges à sécher, des bâtiments publics démesurés en marbre blanc et en or, statues géantes de Niazov, etc… Par contre, après l’effervescence des villes turques, syriennes et surtout iraniennes, les villes turkmènes nous semblent presque mortes. Tout est calme, peu de gens sont dehors et immensité de chaque chose renforce cette impression de vide.

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Le lendemain, nous quittons le Turkménistan, déçus de ne pas avoir pu passer plus de temps dans ce pays accueillant.