Archives pour la catégorie Reportages artisans

Yack house – Tadjikistan

Murghab est située dans la partie Est du Tadjikistan sur un plateau de haute altitude d’environ 3.800m.

La particularité de cette ville placée dans la chaîne des Pamirs est sa population à majorité Kirghize. L’artisanat présent dans cette région est donc totalement différent des précédents. Les tapis, les couleurs, les motifs sont d’inspiration Kirghize.

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Yourte

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Intérieur Yourte

Nous rencontrons Acted qui met en place des structures afin de pérenniser l’artisanat traditionnel. Nous trouvons facilement les locaux, la ville est petite, leur bâtiment en forme de yourte placé à la sortie de la ville se détache facilement du reste des fragiles habitations en terre. L’intérieur est constitué de piliers en bois comme les maisons traditionnelles pamiris. Ce bâtiment est donc l’alliance de deux cultures, l’extérieur en forme de yourte d’origine Kirghize et l’intérieur d’origine Tadjik.

Acted a mis en place trois structures différentes et indépendantes dans la région. La première est évidemment les Guest House, vous êtes hébergé chez l’habitant et la majorité du prix payé est reversé à l’hôte, démarche éco touristique.

La deuxième branche est la création d’une agence de tourisme, gérée par les locaux, elle permet aux touristes de faire des treks accompagnés d’un guide. Partir à la découverte des moutons Marco Polo sur 5 jours est par exemple une randonnée appréciée.

Celle qui nous concerne, la dernière structure concerne l’artisanat local. Le but étant de pérenniser ces savoirs-faire tout en apportant un revenu supplémentaire aux habitants.

Mughab est effectivement une ville pauvre du fait de son isolement géographique, les habitations sont en terre, le travail est rare, le bazar est enchevêtrement de contenairs. A l’heure actuelle, 80 femmes artisans travaillent avec Acted.

L’artisanat, totalement influencé par la culture Kirghize, regroupe la fabrication très spécialisée de tapis en laine de mouton ou de yack, de suzani, de chapeaux traditionnelles en feutre, de mini yack ou mouton en feutre, de chaussettes….

IMG_4363IMG_4386tapis poil chevre

Cet artisanat est maintenu grâce aux femmes, les savoirs et techniques sont transmis de génération en génération.

Il garde une fonction sociale importante dans les familles : la fabrication de tapis et de zuzani constitue généralement la dote des filles de la maison en vue du futur mariage. Plus récemment, avec la création du programme d’artisanat équitable d’ACTED, l’artisanat est devenu un moyen pour ces femmes de gagner un revenu monétaire.

Les produits sont essentiellement vendus aux touristes, les prix ne sont pas abordables pour la population locale et surtout ils en fabriquent au sein de leurs propres familles.

Il y a deux petits magasins à Murghab où on peut trouver l’ensemble de ces fabrications, l’un au sein d’ACTED et l’autre au milieu du bazar, la Yack House!

Nous rencontrons la responsable qui n’est apparemment pas au courant de notre venue et du reportage que nous voulons réaliser.

Internet n’est disponible qu’à ACTED et la connexion est rare, voir inexistante, d’où la difficulté supplémentaire du passage d’information.

Après quelques explications sur notre visite, nous partons en compagnie de la gérante de la yack house, direction le centre de Murghab afin de rencontrer les artisans.

Nous rentrons dans une petite cour en terre battue, la maison est encastrée au milieu des autres habitations.

Directement dirigés dans une pièce secondaire où sont entreposés quelques marchandises et surtout le métier à tisser. Une des filles de la maison nous fait une démonstration incroyable du tissage de tapis.

IMG_4444Le tapis Kirghiz est fabriqué en deux parties. Tout d’abord, dans sa 1ère phase, le tapis est étroit, 15cm, mais il est excessivement long, jusqu’à 25m!! Afin de réaliser cette bande, il est nécessaire d’avoir de la place, la structure qui permet de tisser est à elle seule très simple mais imposante. IMG_4421

D’un côté de la pièce, la tisseuse mélange les couleurs et tisse en fonction des motifs voulus. A l’opposée, toujours relié à la première structure, les laines sont tendues à l’aide d’un point d’amarrage en bois.

La représentation des cornes du mouton Marco Polo reviennent souvent, les couleurs sont jaunes, rouges, oranges, bleu, alliées à des motifs symétriques tels que des losanges, carrés…

L’outil est impressionnant dans sa simplicité. La tisseuse s’aide d’un ancien tapis afin de reproduire certains motifs. Cela reste manuel, elles comptent les points d’un côté puis les reproduit.

Dans le but de gagner du temps, plusieurs membres féminins de la famille se relaient sur la fabrication du même tapis.

La dernière étape donne la forme définitive au tapis. La bande de 25m est découpée à intervalles  réguliers, par exemple tous les 3 m. Ensuite les femmes connectent en brodant à la main les différents morceaux sur leur côté le plus long (3m).

Après 10 à 15 morceaux assemblés, le tapis prend sa finale en largeur.

Exemple: 10 bandes de 15 cm font 1,5 de large. Le tapis fait donc 1.5m sur 3m. IMG_4453

A quelques pas de là, nous sommes accueillis par une seconde femme qui fabrique des objets différents.IMG_4427 Cela regroupe des pochettes de portable brodées à la main, des chapeaux traditionnels, des chaussons, des sacs. Cependant, cela reste un apport d’appoint, la majorité de ses revenus venant de l’élevage. IMG_4429

Nous finissons la journée par la fabrication de chausson en feutre à l’aide de poils de chèvre. Le patron posé au sol, les poils mis dessus, mélangés à de l’eau et du savon de multiples fois, le chausson est modèle.

Ces rencontres représentent bien l’importance de l’artisanat dans la culture Kirghiz, ils le portent, tous les hommes ont le chapeau traditionnelle, l’intérieur des maisons est décoré de tapis et zuzani. Ces savoirs-faire ne paraissent pas s’éteindre de suite tant ils sont ancrés dans la vie sociale.

Galerie Photos – Yack House

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Galerie Photos Yack House

Bactria Center Dushanbe – Tadjikistan

Le Centre culturel de Bactria a été créé en décembre 2001 par l’ONG française ACTED pour pallier au manque d’accès à la culture, d’information et de formation professionnelle au Tadjikistan. Le Centre couvre une large palette dans le domaine artistique et culturel et organise ainsi des festivals de poésie, des séminaires, des semaines du film de différents pays, des pièces de théâtre et des concerts.

Récemment a été développé le pôle artisanat équitable géré par Shabnam. L’objectif est de valoriser et trouver des débouchés pour les coopératives d’artisans ou les artisans individuels au Tadjikistan mais également à l’étranger. La tradition artisanale est encore forte et vivante dans le pays et peut constituer une activité économique importante dans un pays encore très pauvre.

Shabnam, dans le cadre du Bactria Center, organise donc des ateliers de formation pour les artisans volontaires sur certaines techniques. Certains maîtres artisans reconnus dans le pays dispensent des cours dans l’optique d’une transmission d’un savoir faire précis.
Le Centre tient deux fois par an un évènement “artisanat équitable” lors duquel les produits artisanaux de tout le pays sont exposés. Pour les artisans, le but n’est pas seulement de vendre ces objets, mais également d’avoir un retour sur leurs produits, d’échanger et de rencontrer d’autres artisans. Plus globalement, ces expositions publiques permettent de promouvoir des talents locaux ainsi que la variété du patrimoine artistique tadjik et faciliter ainsi la communication entre les différentes associations d’artisanat dans le pays. Le Bactria Center ne se borne pas à exposer les artisanats, mais accompagne aussi les associations et artisans particuliers dans le montage de projet.

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boutique bactria center

Au sein du Bactria Center a été créé une petite boutique pour vendre les produits artisanaux : la “Tillo Teppe”. Une grande variété d’objets sont disponibles:  des tapis et taies d’oreiller, des suzanis, des objets de décoration, des céramiques… La clientèle est composée principalement des touristes de passage et surtout de la communauté d’expatriés de Dushanbe, très important dans la ville du fait de la présence de nombreuses ONG et de la proximité avec l’Afghanistan (de nombreux humanitaires en Afghanistan ont leur base à Dushanbe moins dangereuse).

Lors de notre passage à Dushanbe, Shabnam avait organisé une rencontre au Bactria Center avec 5 maîtres artisans de la région. Nous avons ainsi pu découvrir leurs produits qu’ils avaient apporté avec eux et discuter pour connaitre leur travail, démarche et motivations.

S. nous présente ses broderies faites par elle-même et son association de femme qu’elle a créé il y a quelques années. La broderie lui ayant été enseignée depuis son plus jeune âge par sa mère, elle a décidé de crée cette coopérative de brodeuse afin de générer un revenu monétaire qui est bien souvent le seul perçu par ces femmes. Très exigeante sur la qualité des produits, S. tient particulièrement à former ces femmes sur les techniques traditionnelles de broderie : la rentabilité n’est ici pas de mise, le but est de fabriquer un produit d’excellence. Les formations se tiennent le plus souvent directement dans les villages des brodeuses. En effet, ces dernières habitent dans les montagnes et n’ont pas l’occasion de redescendre dans la vallée.

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suzanna traditionnel

Les motifs et couleurs utilisés dans la conception des suzanis, petits sacs et chapeaux traditionnels sont transmis de génération en génération et véhiculent la culture et l’histoire tadjik. Il est important pour S. de ne pas perdre ces motifs et de les transmettre à travers ces ateliers. De la même manière, des techniques de broderie très ancienne étaient quasiment perdues car plus complexes et demandant plus de temps aux brodeuses. Elle essaie de les revaloriser et perpétuer au sein des jeunes brodeuses.
Mais S. tient à montrer qu’elle est également tournée vers le présent avec la création de nouveaux motifs et d’objets plus modernes tels que des petites pochettes pour les téléphones portables.

M. travaille depuis maintenant 14 ans dans la vannerie.

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jare en osier

Les objets présentés sont des panières, des vases, des pots et ustensiles de cuisine fabriqués en osier dans une gamme de tons naturels, du blanc cassé en passant par des tons de fauve jusqu’aux bruns les plus foncés. Ses propres grands parents étaient déjà vanneurs. Souhaitant perpétuer la tradition, elle a suivit un programme de formation dispensé par une ONG étrangère. Le gouvernement Tadjik lui a offert un terrain sur lequel M. a pu planter des saules dont elle utilise les jeunes rameaux pour tresser ses panières. Ainsi elle produit elle-même la matière première et n’a pas besoin de l’acheter à un fournisseur.

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panière en osier

M. travaille en famille avec ses enfants et leur transmet ainsi son savoir. Elle enseigne également à l’université et dans une petite école privée qui regroupe 20 élèves très majoritairement féminines et de tout âge. Son souhait est de pouvoir disposer d’un local pour faciliter ses formations. Le second défi pour son artisanat est de toucher un public et de promouvoir ses techniques hors du Tadjikistan.

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instrument traditionnel

A. est un maitre artisan dans la fabrication d’instruments de musique traditionnels. Dans la famille, on fabrique des instruments de musique de père en fils, et, dès son plus jeune âge, il entre en apprentissage auprès de son père. Point d’enseignement scolaire, il apprend en regardant, observant, reproduisant puis participant de plus en plus au processus. Il fabrique ainsi des instruments de musique depuis 40 ans. A. insiste beaucoup sur l’excellence de son travail qui utilise exclusivement des matériaux de première qualité pour produire un son parfait. Les instruments sont utilisés par des artistes locaux qui en sont très contents.

Le travail du bois est un travail de précision qui en décourage plus d’un. Régulièrement, sur les jeunes qui sont en apprentissage dans son atelier, plusieurs arrêtent au bout de quelques mois. Or c’est une formation qui demande des années et des années. Ses propres fils travaillent avec lui. Il est particulièrement fier de son petit fils qui commence tout juste à apprendre et qui souhaite devenir un maître artisan dans le domaine. L’instrument est fait entièrement à la main.

Cette tradition artisanale se perd au Tadjikistan. Il ne reste plus que 25 maîtres artisans dans tout le pays.

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instrument traditionnel

A. tente d’organiser des rencontres pour qu’ils puissent échanger et partager leurs différentes techniques.

Le manque de débouchés est un problème auquel doit faire face A. Du fait de la qualité des instruments de musique et du nombre d’heures passées à travailler dessus, ce sont au final des produits très chers.

En tout cas souvent inabordables pour les Tadjiks. D’autre part, la vente est rendu difficile car les instruments doivent être entreposés dans des conditions humidité et des températures très spécifiques. Un local au norme est cher à aménager. Il ne peut ainsi pas laisser ses instruments de musique dans la boutique Tillo Teppe du Bactria Center.
Pour finir A. nous joue un air de musique.

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figurines en ceramiques

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lampe en ceramiques

T. est maître artisan en céramique. Un parcours peu ordinaire l’a mené dans la voie artistique : après avoir travaillé 20 ans comme ingénieur dans une usine de céramique, il décide de se mettre à son compte pour réaliser ses propres créations. Il apprend seul les différentes techniques et développe sa propre touche artistique mettant en avant les caractéristiques locales tadjiks, mais également des élément nouveaux et originaux de sa créativité. Il conçoit vraiment son travail comme une recherche artistique et esthétique. Ses céramiques ont été récompensées plusieurs fois par un prix de l’UNESCO.
La finesse et la précision de ses céramiques sont impressionnantes : de petites théières et tasses de thé finement ciselées, des figurines miniatures aux traits expressifs, des bougeoirs mettant en valeur de par un jeu de losange et de carré la lumière d’une bougie…
Il travaille pour la plupart du temps seul, mais aide parfois de jeunes artistes comme F. à trouver leur propre voie.

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creations modernes

F. est une jeune tadjik qui, par hasard, a commencé à peindre sur différentes matières : bois, poterie, verre… Elle y a pris goût, encouragée par son entourage et sans pouvoir encore en vivre commence à exposer ses réalisations.

S’inspirant de l’art traditionnel tadjik, lui empruntant certaines formes et motifs, elle mixe avec des peintures de son inspiration, plus modernes. Les peintures sont majoritairement faites sur des ustensiles du quotidien : cuillère de bois, bougeoir en verre, assiette, etc… L’important est de montrer que le Tadjikistan est riche de jeunes artistes qui, sans se détacher de leurs racines, font évoluer l’artisanat du pays.

Le souhait unanimement exprimé par tous les artistes est de pouvoir faire connaître leur art à extérieur du Tadjikistan. Cette volonté de partage se retrouve également dans leurs activités d’enseignement. Tous transmettent leur savoir aux plus jeunes afin que l’art tadjik se perpétue et vive. Le centre Bactria est essentiel pour cela : il offre un espace culturel où les artisans les plus divers peuvent se rencontrer, échanger, enrichir et améliorer leur art, présenter leur travail et également y trouver des débouchés économiques.

Galerie Photos – Association Bactria Center

Lien association : http://www.acted.org/en/tajikistan-bactria-cultural-centre-fosters-regional-cooperation

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Zerafshan Tourism Development Association (ZTDA) Pendjikent – Tadjikistan

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Zerafshan vallee

A 50 km de la frontière ouzbeko-tadjik nous stoppons à Pendjikent pour y rencontrer les femmes artisans de l’association ZTDA (Zerafshan Tourism Development Association). Celle-ci, nouvellement créée en 2008, est une organisation publique tournée vers le développement de écotourisme dans la vallée de Zerafshan.
Mise en place par l’ONG locale ASDP NAU et l’ONG allemande Welthungerhilfe et financée par la Commission européenne, l’objectif est d’installer un tourisme durable adapté à la société et à la culture locale et à l’environnement fragile. Le projet a ainsi construit un réseau de guest house, forme des guides et développe les compétences en matière d’écologie et de tourisme respectueux de l’environnement.

L’important est d’impliquer les populations locales afin de créer de nouveaux emplois, réduire la pauvreté et conserver l’environnement particulièrement fragile de la vallée. Cette vallée est située au confluent de la chaîne des Pamirs, de celle de l’Alai et des montagnes Fans. De nombreux lacs et sommets à plus de 5.000 m parsèment la région. Cette configuration géographique rend l’agriculture difficile et mis à part la culture de la pomme de terre et de vergers fruitiers, la région ne dispose pas d’agriculture à grande échelle. La principale activité des habitants est l’élevage ovin et bovin.

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l'équipe d'artisan

La ZTDA a tout récemment développé un nouveau pôle artisanat équitable afin de créer des revenus complémentaires pour les foyers. La responsable du pôle, Malika, a prospecté dans les villages de la vallée pour convaincre des femmes de faire partie du programme. Sa sélection a ensuite été fonction de la qualité des produits présentés en test. Les femmes artisans sont pour une grande majorité âgées de plus de 45 ans. Quelques jeunes filles pas encore mariées ont également été intégrées au projet. Au total 30 femmes partagées entre 3 villages travaillent pour l’association.

L’artisanat n’est pas leur activité principale et reste secondaire. Pendant leur temps libre, en dehors des tâches ménagères et agricoles, les femmes confectionnent les produits. Le travail s’effectue dans leur propre maison et les réunit parfois pour une mise en commun et entre-aide.
Les résistances masculines, paternelles ou maritales, vis à vis du travail des femmes sont ainsi contournées. Bien que concernant les jeunes filles, certaines familles ne les ont pas laissé se rendre à Dushanbe lors de l’exposition de leurs produits au public.
L’activité artisanale des femmes se fait principalement pendant l’automne et l’hiver, lorsque les travaux dans les champs et dans les pâturages sont terminés. Les hivers particulièrement rigoureux à ces hautes altitudes empêchent toute activité extérieur et laissent plus de temps libre pour les femmes.

Dès le commencement du projet d’artisanat équitable, ZTDA a mis en œuvre des ateliers de formation. D’une part pour former les femmes à de nouvelles techniques et diversifier ainsi leur production. Et d’autre part pour motiver les plus jeunes et les faire continuer dans cette voie.
Ainsi, pendant 18 jours, un expert de la région des Pamirs (région montagneuse à l’Est du Tadjikistan) est venu enseigner le travail du feutre. Ce dernier est pratiqué par les Kirghizes qui peuplent l’extrême Est des Pamirs et était jusqu’alors inconnu des Tadjiks. La volonté de développer les produits à base de feutre tient à l’envie du ZTDA d’éviter le gaspillage des poils de chèvre.
A l’époque soviétique, après la tonte des grands troupeaux de chèvre de la vallée, les poils étaient collectés pour être traités à grande échelle. Suite à l’effondrement de l’URSS, les poils ont simplement été jetés. Pourtant cette ressource est disponible pour chacune des femmes et leur permet de créer des petits jouets, des chaussons ou même des taies de coussin sans frais.

Les formations ont également porté sur la fixation du prix et les goûts des touristes. En effet, les femmes sont laissées libres dans le choix des produits fabriqués, des motifs et des couleurs utilisés. Généralement, elles se servent des motifs traditionnels que leur ont enseigné leur mère et grands mères. Certains ajustements ont été fait pour mieux cadrer avec la demande occidentale. Le point positif est que les produits que nous avons vu n’ont pas été dénaturés et restent résolument tadjiks.

La responsable Malika passe une fois par mois dans les villages pour collecter les produits, discuter de leur qualité avec les femmes et aider dans la fixation du prix. Certaines demandent un prix exorbitant, tandis que d’autres sous-estiment largement leur travail. Une fois dans la boutique à Pendjikent, les produits artisanaux sont dotés d’une étiquette portant un numéro, le prix et le nom de la femme artisan. Lorsque l’objet est vendu, l’argent est reversé à la femme, majoré de 10% revenant à ZTDA pour ses frais de fonctionnement et de 6% de taxes gouvernementales.
Lorsque le produit n’est pas vendu au bout d’un temps raisonnable, Malika le rapporte à sa confectionneuse.

Les produits artisanaux sont destinés aux touristes de passage à Pendjikent,

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eau et savon sur poil

mais le principal débouché provient des expositions organisées à Dushanbe, la capitale du pays, par le Bactria Center. La communauté d’expatriés est très importante dans la ville du fait de la présence de nombreuses ONG et de la proximité avec l’Afghanistan (de nombreux humanitaires en Afghanistan ont leur base à Dushanbe, moins dangereuse). Ce sont elles qui constituent la principale clientèle des artisans tadjiks.

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tri et effilage des poils

Malika nous a amené visiter dans un des villages des femmes qui nous ont fait une démonstration de leur travail.
Trois d’entre elles nous ont montré la confection de bonnets et chaussons de feutre. Le principe est simple. Les poils de chèvre sont amenés en tas, les plus jeunes les séparent en petites touffes que les trois femmes étalent sur leur patron respectif posé à même le sol.

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travail du feutre à la forme du pied

Ensuite elles l’imprègnent d’eau savonneuse, l’essorent puis rajoutent une autre couche de poil qui est mouillée et ainsi de suite.

Le processus est assez long jusqu’à ce que la couche de poil autour du patron devienne compact et garde la forme que l’on tente de lui donner.

Le patron de carton est retiré et les femmes modèlent le feutre directement à leurs pieds

pour les chaussons et à l’aide d’un seau pour le bonnet.

Pour finir, il ne reste plus qu’à faire sécher les produits au soleil pendant plusieurs jours. Les femmes fabriquent également des petits oiseaux, jouets traditionnels des enfants tadjiks. Ces oiseaux, comme les chaussons et les bonnets, sont ensuite ornés de motifs cousus.

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fabrication tapis

Une des jeunes filles nous montre ensuite la fabrication des tapis tadjiks. La laine utilisée provient également de poils de chèvres qui sont filés en pelote grâce à l’antique bobineuse. Le métier à tisser est tout simple et de confection maison : un carré de fer de la forme d’une petite table basse sur lequel sont tendus des fils de laine blancs qui servent de trame pour faire le tapis. Ensuite, à l’aide de ces différentes pelotes de laine, elle confectionne le tapis, de tête, sans l’aide d’un motif à côté pour l’aider dans le dessin.

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fabrication pelote de laine

Les femmes brodent aussi de grands suzanis ou des taies d’oreiller selon la tradition tadjik. Ces derniers sont entreposés dans un grand coffre qui n’est ouvert que pour le mariage d’un des enfants : les suzanis composent la dote de la jeune fille à marier.

Pendant tout le processus de fabrication des produits, les enfants des femmes ont été présents, observant et aidant leur mère. C’est de cette manière que se transmet l’artisanat de génération en génération de femmes. La vente des produits artisanaux est importante pour les femmes, car il constitue un apport monétaire qui est plus valorisé dans le foyer que le travail agricole et les tâches ménagères, non comptabilisés monétairement.

De plus, l’argent récolté leur revient directement et elles peuvent le gérer elles-mêmes. Enfin, les formations et la participation aux expositions à Dushanbe sont un moyen de valoriser leur travail et de sortir de leur foyer.

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tri et effilage des poils

Le programme d’artisanat équitable lancé par ZTDA est encore tout jeune et doit faire face à plusieurs défis, notamment celui de la commercialisation à l’extérieur du Tadjikistan des produits. L’objectif à plus long terme est de toucher une clientèle occidentale et surtout européenne. Pourtant les normes de qualité requises sont encore trop exigeantes pour ce que produisent les femmes de la vallée Zerafshan. D’autre part, l’association essai de développer l’aspect écologique des artisanats. Cela passe par exemple par la mise en place d’atelier de formation sur la fabrication de couleurs naturelles pour remplacer les couleurs chimiques.

Le pôle artisanat équitable du ZTDA est bien organisé et possède les capacités humaines et institutionnelles pour mener à bien le développement de l’artisanat Tadjik.
Nous repartons avec un petit oiseau de feutre offert par les femmes rencontrées.

Galerie Photos – Zerafshan Tourism Development Association

Lien association : http://www.ztda-tourism.tj/en

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Galerie Photos – Association ROCA

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Coopérative ROCA (Ouzbékistan – août 2010)

IMG_3792L’histoire de cette coopérative est avant tout celle de sa directrice et fondatrice Yulduz. Son parcours peu commun en tant que femme ouzbek invite les auditeurs que nous sommes à tendre une oreille attentive. Et ce n’est pas très difficile car Yulduz est un tourbillon d’énergie qui nous conte sans cesse dans un français ouzbekisé son histoire et celle des brodeuses.

Née dans une famille aisée pendant l’époque soviétique, Yulduz a eu l’opportunité de faire des études de français à Tachkent et de partir un an à Moscou. Très tôt, elle a eu le désir d’aider les femmes les plus vulnérables en leur donnant l’opportunité de travailler pour elle. L’idée d’utiliser leurs compétences traditionnelles de brodeuse lui est venue. Il lui a alors fallut prospecter dans les villages alentours pour convaincre les femmes de travailler pour elle, leur expliquer son idée. Et cela n’a pas été facile. Au début, seulement une dizaine, puis une trentaine de femme l’ont rejoint.

Traditionnellement, les femmes ouzbeks apprennent la broderie dès leur plus jeune âge par leur mère et leur grand-mère. Elles brodent de grandes tentures aux couleurs vives appelées suzanni, des vêtements ou du linge. Cela constitue ainsi la dote des filles. Les broderies sont ensuite rangées dans un grand coffre et ne sont sorties que pour les grandes occasions comme les mariages.

IMG_3660L’idée de faire des broderies dans le but de vendre celles-ci sur le marché ou à des touristes était donc assez inconnue pour toutes ces femmes. Pourtant, assez vite, les ventes se font bien et Yulduz voit ainsi arriver de plus en plus de femmes désirant travailler pour elle. En effet, elle offre une paie équitable qui permet aux femmes de participer financièrement à la vie du ménage. Bientôt, près de 300 femmes travaillent pour la coopérative. Seules trente sont présentes dans la fabrique, principalement des brodeuses sur machine ainsi que la couturière. Le reste des femmes travaillent chez elles pendant leur “temps libre” une fois qu’elles ont finis les tâches ménagères et activités agricoles.

Yulduz paient les femmes à la pièce. Au commencement, les brodeuses comprenant l’intérêt financier de la chose préféraient broder beaucoup de pièces en très peu de temps pour tenter d’avoir le maximum de revenu dans le mois. La qualité des produits s’en est vite ressentie. Yulduz a donc décidé de payer un supplément pour les brodeuses ayant mis beaucoup de temps pour faire une pièce de qualité. Plus précisément, elle paye en fonction de trois niveaux de qualité : bas ; moyen ; bon. IMG_3635D’autre part, elle a organisé des séminaires et des cours de borderie pour tenter de faire comprendre aux femmes la beauté de leur art, l’importance de prendre son temps et de soigner le travail et la valeur traditionnelle des produits fabriqués. Ainsi, les femmes ont finit par se dire “finalement ce suzanna est beau, je ne veux plus le donner à vendre, je le garderais bien chez moi…”.
Yulduz veut que ces femmes soient fières de leur art et de leur culture. Elle nous explique que le déclic lui est venu en France, lorsque, étudiante, elle devait interviewer des commerçants pour s’exercer en français. Une commerçante lui décrivit avec amour sa ville de Montpellier, ses ponts, son architecture, ses particularités… Yulduz réalisa alors combien il était important d’être fière de ses origines, de ses racines et de son histoire. Pendant la période soviétique, les Ouzbeks n’ont aspiré qu’à ressembler aux russes, ils ont adopté leur langue, leur art et une partie de leur mode de vie. La broderie est un art très ancien en Ouzbékistan, qui, de part les motifs et les couleurs, représente la culture ouzbek. Impliquer ainsi des femmes dans le travail de la coopérative et valoriser leurs œuvres lui a semblé un point essentiel dans la redécouverte de leur histoire commune et pour la pérennisation d’une tradition qui se perdait.

IMG_3683Les femmes employées par la coopérative sont majoritairement des femmes âgées ou des jeunes filles non mariées. Leur revenu créé par la vente des broderies permet améliorer le niveau de vie de ces familles dont le mari/père est décédé ou travaille en Russie. Du fait du nombre important de femmes à gérer, dans chaque village une femme est désignée par Yulduz comme étant la responsable du groupe de brodeuses. C’est elle qui repartit le travail entre les femmes, vérifie la qualité des produits et remet les pièces à Yulduz.

IMG_3677Le bas niveau de développement de Ouzbékistan et la désorganisation des structures institutionnelles du pays obligent Yulduz à se battre contre la lenteur administrative, le manque de matières premières de qualité, l’absence d’ONG efficaces (elles ont été mises à la porte par le président suite à la contestation du massacre d’Andijan par les instances internationales), la faiblesse des moyens de communication (internet est quasiment inutilisable à Sahrisabz). Le plus difficile pour la coopérative reste de trouver des débouchés stables et réguliers. IMG_3643Les commandes sont irrégulières et souvent ce sont de grosses commandes ponctuelles de “mécènes” occidentaux qui permettent de renflouer la coopérative. Un autre marché pour la coopérative est celui des bazars touristiques de Samarcand et Bukhara. Yulduz vend alors ses produits à bas prix à des magasins qui les revendent sur les bazars touristiques à très hauts prix. Le prix final n’est pas équitable pour les bordeuses. En outre, l’achat des touristes est complètement déconnecté de son artisan, car les magasins de Samarcand et Bukhara coupent les étiquettes portant le nom de la coopérative Roca de Yulduz. Il est impossible de savoir à quel endroit et par qui le produit a été fait.

L’autre grand défi de la coopérative est d’adapter ses produits à la demande européenne. Une étude de marché sur les goûts et les particularités des potentiels consommateurs devrait être faite. Mais Yulduz ne dispose pour l’instant pas des moyens pour réaliser une telle prospection.

Cela n’empêche pas Yulduz de fourmiller d’idées et de projets d’agrandissement pour sa coopérative et ses brodeuses!

Contact : contact : Yulduz Mamadiyorova – (+998 ) (8375) 529 39 67 ou (+998 ) 7980329 ou (+998 ) 755 227 390 -yulduz1967@mail.ru